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Venom : tout ce qu’il faut savoir sur l’anti-héros de Marvel

Venom : tout ce qu’il faut savoir sur l’anti-héros de Marvel

Attendu par des milliers de fans, Venom a eu le droit à son film en 2018. Mais en 34 ans de publication chez Marvel Comics, le symbiote a connu bon nombre de changements d’hôtes et de motivations à ses agissements. C’est pourquoi nous vous proposons une petite révision, histoire de se rafraîchir la mémoire ! Focus sur la Némésis de Spider-Man et le père de Carnage

 

Les premiers hôtes de Venom

 

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Les Klyntar – communément appelés symbiotes – sont une race d’extra-terrestres qui s’attachent à un hôte pour survivre. La fusion d’un Klyntar et de son hôte donne un être surpuissant à l’apparence bestiale.

Le symbiote qui nous intéresse, Venom, apparaît pour la première fois sur la planète Battleworld, où Spider-Man le trouve lors de l’événement des Guerres secrètes en 1984 (de James Shooter) qui voit les Avengers être envoyés dans l’espace. Suite à la destruction de son costume, Peter Parker le remplaça par le symbiote, ignorant qu’il s’agissait là d’une entité à part entière.

Il rentre ainsi à New York tout de noir vêtu et se rend rapidement compte que son nouveau costume produit ses propres toiles organiques. Il devra alors demander l’aide de Red Richards, alias Mr Fantastic pour détacher le symbiote de son corps à l’aide d’ultrasons – point faible de Venom. Ce dernier gardera depuis cet instant une haine profonde envers Peter Parker.

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Venom II (MacDonald Gargan)

 

Mais l’hôte le plus célèbre de Venom reste Eddie Brock – à qui Tom Hardy prêtera ses traits – un journaliste nourrissant une réelle aversion pour Peter Parker, l’accusant de lui avoir volé son travail au Daily Bugle. Lorsque le symbiote s’empara de lui, leur haine commune de Spider-Man donna naissance au plus puissant ennemi du Tisseur, qui jura alors de détruire le héros par tous les moyens.

Au fur et à mesure des années, Venom changea d’hôtes lors de certains événements : le super-vilain MacDonald Gargan offrira la version la plus violente du personnage, tandis que Flash Thompson le fera passer au statut d’anti-héros en tant qu’Agent Venom, un super-soldat à la solde du gouvernement américain.

 

Apparence et pouvoirs de Venom

 

Venom copiera le costume original de Spider-Man ainsi que ses capacités. De ce fait, il lui est capable de produire ses propres toiles d’araignées organiques et il arbore un symbole d’araignée blanc sur son torse. La différence majeure avec le Tisseur étant son sourire carnassier et sa langue bien pendue.

Bien plus musclé que Peter et doté de griffes et de crocs, son apparence évoque une version bestiale de Spider-Man, tout en gardant l’agilité et les réflexes d’araignée de ce dernier. Petit plus : il possède un pouvoir de métamorphe, lui permettant de prendre l’aspect de n’importe quel individu. Enfin, il est l’un des seuls ennemis de Spider-Man à ne pas déclencher son sens d’araignée. Il peut ainsi piéger le héros à son gré.

Imbattable me direz-vous ? Eh bien non ! Les symbiotes sont très vulnérables aux sons et au feu, ce qui permettra à Spider-Man de s’en sortir un bon nombre de fois.

 

Venom & Carnage : même combat ?

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Venom est très différent de son rejeton Carnage. Si ce dernier est une fusion entre un Klyntar et un psychopathe, Eddie Brock/Venom quant à lui n’a de haine qu’envers Peter Parker. Ce qui l’amènera bon nombre de fois à se retrouver à sauver la veuve et l’innocent, voire à faire alliance avec son ennemi juré.

Il éprouve une haine profonde envers Carnage et exécute sa propre vision de la justice : protéger les innocents et tuer les criminels. De la même manière que le Punisher, il reste un personnage incompris des autres protagonistes dans ses récits, et se mua progressivement non plus en danger mortel pour Spider-Man, mais en allié de choix.

 

Venom & Spider-Man : leurs alliances contre Carnage

 

Comme évoqué précédemment, le symbiote et le Tisseur viendront à s’allier principalement pour arrêter le vilain petit canard de la famille : Carnage. Dans l’arc narratif Maximum Carnage sorti en mai-août 1993, Peter Parker fera équipe avec Venom afin d’arrêter l’association de malfaiteurs que met en place Carnage.

 

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Venom jouera également un rôle important dans l’arc Spider-Island en 2011 où tous les habitants de Manhattan se retrouvent dotés des pouvoirs d’araignée. En tant qu’Agent Venom, Flash Thompson se retrouvera souvent confronté à Spider-Man, qui ignore qu’il fait désormais partit des « gentils ».

Enfin, plus récemment, le Superior Spider-Man d’Otto Octavius fusionna avec le symbiote, pensant pouvoir le contrôler, donnant naissance au Superior Venom. Ce dernier ne vit pas le jour longtemps, Flash Thompson le récupérant peu de temps après.

Si la première apparition de Venom dans le Spider-Man 3 de Sam Raimi en 2007 n’a convaincu tout le monde, Tom Hardy devrait proposer une solide interprétation d’Eddie Brock, tout en s’éloignant de l’origin story classique du symbiote. En effet, pas de Spider-Man en vue pour le film de Ruben Fleisher (Sony Pictures Entertainment & Marvel Studio), mais une possible apparition de Carnage.

Plusieurs questions demeurent pour l’avenir de l’anti-héros au cinéma. Apparaîtra-t-il dans la suite de Spider-Man ? Venom aura-t-il une place dans le MCU ? Rendez-vous prochainement pour en parler autour d’un café !

Le problème de la continuité dans les comics

Le problème de la continuité dans les comics

Des polémiques et des problématiques éternelles autour du comics, celle de la continuité en est un exemple phare. Véritable qualité, faisant l’une des forces majeures du comic-book de super-héros moderne, la continuité connaît également ses détracteurs. Le concept, rapidement adopté, voit ses débuts dans les balbutiements du comics. Et pour bien comprendre le problème que pose la continuité aujourd’hui, nous allons devoir revenir à l’essence même du super-héros et retrouver comment s’est installé le concept de la continuité à travers les âges.

 

Ce qui définit le super-héros

 

Le principe de continuité n’avait, à l’origine, aucun intérêt, et n’étais en aucun cas envisagé par les créateurs de comics dans les années 30/40. Le lectorat était particulièrement instable. Les comics étaient destinés à un public enfantin, et la seule demande du dit lectorat consistait à lire des aventures fantasques, à nourrir leur imagination.

Néanmoins, ce super-héros ne pouvait pas être une page blanche. Il avait besoin d’un passé simple à retenir et d’un caractère identifiable. Comme le relève Umberto Eco dans Le mythe de Superman, l’homme d’acier possède de nombreuses caractéristiques en commun avec les mythes, et pour reprendre son exemple, Hercule. Un héros réalise des exploits, qui dépassent ses aventures habituelles. Ces exploits sont des récits qui vont changer ce mythe, ou le créer, là où ses aventures sont oubliables et ne font que continuer à faire vivre ce mythe.

C’est alors qu’intervient le principe de récit canon. Des aventures canoniques sont des aventures qui vont apporter des modifications au mythe. Seulement, le mythe, pour conserver son aura, ne peut véritablement changer. Il a, de par son existence, de par ce qui le défini, quelque chose d’incroyable, d’attractif. Cela peut se résumer à un costume, ou trouver plus de profondeur avec des valeurs. Certains artistes, comme Steve Ditko (Blue Beetle, Hawk & Dove), Jack Kirby (Captain America, X-men) ou Alex Toth (Space Ghost) étaient réputés pour ce savoir-faire, à travers leurs méthodes bien différentes.

 

La ret-con, élément clé de la continuité

 

Lorsque Jerry Siegel et Joe Schuster créent Superman, ils ne s’attendaient pas à voir débarquer une production de comics aussi grande. Leur création allait inspirer de nombreux personnage, et de ce fait, créer des univers imaginaires qui allaient adhérer à différents concepts tout aussi fantastiques pour réglementer et/ou nourrir leurs aventures. La continuité n’est cependant pas la première chose à laquelle vont penser les scénaristes. Les comics sont des aventures, avec des personnages connus, réutilisés, mais des aventures relativement indépendantes. Faute d’un passé foisonnant, la continuité chez les super-héros va imposer l’existence de ce qu’on appelle la ret-con.

Avec The Flash #123, ce qui n’était qu’un détail dans les premières années du comics de super-héros, est devenu une norme. Ce numéro, plublié en Septembre 1962, révèle le concept des terres parallèles dans l’univers DC, cachant tout ce souci de continuité et de héros des années 40 disparus. L’univers partagé va alors imposer la notion de continuité. Julius Schwartz, Gardner Fox et Carmine Infantino font interagir Jay Garrick et Barry Allen dans un même numéro. Cette rencontre va initier l’esprit familial du Flash moderne et le thème de l’héritage en plus de connecter l’ensemble des licences DC au sein d’un seul et même univers.

 

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Mais dès son application, la continuité se fond dans le concept d’univers partagé et nécessite l’usage de la ret-con. La ret-con consiste à modifier les événements passés ou les expliquer. J’en prends pour exemple le personnage de Captain America. Ayant réalisé ses faits d’arme en tant que personnage iconique du soldat américain se dressant contre le nazisme, il représente également une pensée médiatisée par des auteurs engagés. Au sortir de la guerre, Captain America ne trouve plus de raison d’exister. Ses aventures continuent, sans succès. Marvel Comics ne démord pas.

En 1953, l’éditeur redonne sa chance au porteur de bouclier dans un comic-book intitulé Young Men. L’échec est cuisant, et ces aventures vont rapidement être oubliées. Mais le personnage, trop impressionnant pour être enterré, Stan Lee décide de le ramener en appliquant pour la première fois le principe de retcon (modification rétroactive de la continuité) soucieux de leurs futures aventures. En 1963, il créé les origines qu’on connaît aujourd’hui du super-soldat. Un héros de guerre dont le corps a été congelé dans la glace, réveillé sous les coups de Namor (ou trouvé par le SHIELD pour les plus jeunes lecteurs). Ces origines vont à l’encontre d’un Captain America ayant agi dans les années 50. Cette incohérence sera expliqué en 1972 dans Captain America #153-156 par Steve Englehart et Sal Buscema. Le Captain America des années 50 était en réalité une imposture et le porteur du costume deviendra par la suite un antagoniste associé à un sous-texte politique : The Grand Director.

Lorsque Stan Lee souhaite révolutionner les comics de super-héros avec Marvel, il souhaite créer un univers partagé où tout est canonique. Le tour de force de Marvel qui mêle les deux concepts majeurs du comics moderne (sans pour autant en être le créateur) : l’univers partagé et la continuité. L’idée d’un comic-book comme projection du réel, où les super-héros vivent ensemble. Ils se côtoient. Malgré tout, ils ne dérogent pas à la règle du mythe.

Spider-man s’inscrit dès Amazing Fantasy #15 comme un personnage marqué par un événement qui va le transformer en mythe. Un mythe moderne profondément attaqué à l’identification de l’adolescent. L’origin-story est la base du mythe et du récit canon. De même pour tout autre super-héros. Et ces personnages seront toujours attachés à certains éléments iconiques de par leur costume, leurs capacités, ou même leur identité.

 

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L’impact Marvel et sa Marvelmania va imposer cette idée de tout prendre en compte. Chaque numéro de chaque série sera un chapitre qui fera avancer l’histoire de l’univers Marvel. Cet argument de vente imparable va devenir une norme, un incontournable de tout comics de super-héros à succès. C’est ainsi que Valiant a su trouver sa place, et d’une certaine manière, l’univers Invincible de Robert Kirkman – un exemple en matière de continuité.

 

Qualités et limites de la continuité

 

La continuité est avant tout un argument de vente et un outil publicitaire intelligent. Voir dans tel numéro surgir tel super-héros d’une série différente interpelle. Comment en est-il arrivé là ? Que va-t-il se passer ? L’éditeur ne manquera pas de préciser la référence du numéro auquel est relié ce fragment de récit pour inciter le lecteur à mettre la main au porte-monnaie. Au-delà du plaisir de voir notre personnage croiser tel autre, la connexion de cet univers partagé va laisser entendre que telle histoire se déroule en parallèle de telle autre.

La continuité oblige l’éditeur et ses artistes à aller de l’avant. Elle impose ce rythme, une évolution continue. Alors que les comics du Golden Age ne se posaient pas vraiment de question. Le succès du super-héros était nouveau, et personne ne pouvait s’imaginer combien de temps celui-ci allait perdurer. Les histoires devaient contenir une aventure, sans autre indication temporelle que la représentation du monde ressemblant généralement à ce nouveau monde moderne des années 30/40/50…

Alors se pose la question : avons-nous besoin de cette continuité ? C’est ici qu’intervient ce rapport au mythe. Le succès d’un personnage tel que Batman est inattendu. Il puise sa force de ses variations, ses nombreuses réappropriations sur le plan de l’écriture comme de sa représentation. Mais en tant que mythe moderne, et de par l’attachement de fans toujours prêts à consommer plus de récits, ce mythe doit être nourri continuellement.

Malgré cette approche très mercantile du comic-book en tant qu’industrie souvent vu d’un regard péjoratif, à raison ou à tort, cette production inarrêtable de comics Batman est nécessaire. Non seulement à cause de la demande, mais avant tout à cause du souvenir du lecteur. Si Batman arrêtait d’être publié, qu’adviendrait-il du personnage ? Que deviendrait cette fameuse demande ? Un mythe ne se nourrit pas que de bons récits canoniques. Il en a besoin, pour se forger un passé, une situation et se renouveler. Il doit évoluer. Mais le récit canonique, tout comme la création de cette continuité, se forge autour d’aventures diverses et parfois insignifiantes.

Et c’est là que se trouve l’objet de la passion des lecteurs et des fans. Certains se passionneront pour la continuité, vont suivre les récits canoniques recommandés pour l’importance définie, d’autres iront jusqu’à tenter de créer leur propre continuité, ou chercheront parmi ces « récits insignifiants », inconsidérés dans leur rapport à la continuité, pour trouver ces perles rares, qui n’ont pas marqué l’histoire mais possèdent une vision et/ou une esthétique très différente et peuvent apporter une nouvelle lecture au personnage traité. Car il est toujours important de revaloriser ces récits pour ce qu’ils sont à l’origine : un divertissement.

 

Comics modernes : la continuité et ses remaniements

 

La continuité est néanmoins un problème. Avec elle s’est imposée les exigences toujours plus fortes du lectorat. Depuis Crisis on Infinite Earths qui a créé un relaunch relançant tout l’univers DC, et ses gammes Year One, DC Comics dépoussiérait ses mythes. Cette première solution exécutée à la fin des années 80 n’a fait qu’être réitérée chaque décennie. Plus qu’un événement estival, le relaunch est devenu une nécessité pour conserver la jeunesse de ses super-héros. Si bien que les « grands renouveaux de l’univers » sont des succès commerciaux, certes, mais n’affolent jamais les critiques. La preuve en est que seul Crisis on Infinite Earths continue de marquer les esprits chez DC, et Secret Wars chez Marvel se hisse dans le haut du panier grâce à son statut de conclusion du run de Jonathan Hickman sur le(s) équipe(s) des Avengers.

Ce renouveau apparaît toujours comme une nécessité, et jamais comme l’intention d’un artiste. Le héros peut vieillir. Son évolution, dans The Dark Knight Returns ou Old Man Logan, participe à renouveler le regard que nous pouvons porter sur lui. Mais jamais ces récits ne seront canoniques. Ce qui ne les empêche pas de marquer profondément le personnage et se hisser parmi les lectures les plus importantes.

 

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Ce cas de figure amène à remettre en question toute cette optique d’un remaniement nécessaire. En réalité, cette demande est généralement faite par des lecteurs de longue date, qui, eux, prennent de l’âge, mais voient toujours leur super-héros stagner. En plus de 70 ans, Peter Parker a franchit la vingtaine. Tony Stark a rajeuni. Et Peter Quill a été complètement modifié grâce à un relaunch discret et subtil. Chez DC Comics, c’est encore pire.

Le relaunch, retour en arrière, résurrection, modification de l’espace-temps, tout est bon à prendre pour relancer l’univers et conserver la jeunesse de ses licences. Ainsi Marvel applique sa recette. De manière relativement fréquente, Marvel Comics revoit son catalogue. L’éditeur n’a pas hésité depuis 2012 à revenir continuellement à des #1. Brasser les volumes, bouger régulièrement les équipes artistiques, voici le jonglage qui amène à ne jamais lasser le lecteur – et continuer à dominer le marché. Les séries régulières de Marvel se transforment officieusement en maxi-séries (pas plus d’une dizaine de numéros).

Si le lecteur perd la numérotation et le prestige des grands nombres, il sort gagnant des nombreuses itérations de ses personnages. On compte Vision par Tom King, Scarlet Witch par James Robinson, Hawkeye par Jeff Lemire, ou encore Shatterstar de Tim Seeley. La nécessité d’une durée plus longue n’est pour autant pas un problème pour l’éditeur. Ta-Nehisi Coates conçoit son run de Black Panther à travers plusieurs volumes du titre. De même pour Dan Slott sur Silver Surfer dont le run regroupe deux volumes d’une dizaine de numéros chacun.

Cette politique éditoriale critiquable répond pourtant à toutes les attentes. En concevant tout titre comme canonique, Marvel ne craint pas la vision singulière des artistes et leur accorde une liberté sur une certaine durée. Dans l’idée où le lectorat désire du changement tout en y étant réfractaire, Marvel joue la carte de l’honnêteté en proposant un changement que nous savons tous temporaire. Qu’il s’agisse de Sam Wilson : Captain America, de Jane Foster devenue Thor, ou encore Ironheart. Ces modifications étiquetées « majeures » ont eu le mérite de renouveler, pour certaines, de manière intelligente des super-héros qu’on pensait jusqu’alors intouchable, d’y développer un apport pour le personnage. Et tout ceci, dans un commun accord logique, où chacun savait que l’original allait revenir au galop.

La continuité est devenue le problème majeur des éditeurs. Personne ne possède de solution miracle, mais c’est dans l’expérimentation que va se faire la différence. Et si Marvel semble avoir trouvé une forme de stabilité dans la gestion générale de ses titres et artistes, DC Comics se lance dans une entreprise à haut risque qui pourrait, néanmoins, tout bouleverser.

Chez Marvel, on opte pour une politique moderne, une adaptation des formats pour attirer constamment le lecteur à réfléchir de manière régulière à ce qu’il mettra dans son panier et faire défiler le catalogue de l’éditeur. Chez DC, voilà dix années que l’éditeur cherche à imposer ses événements/crossovers censés redynamiser son univers. Alors qu’il s’enlise, le projet de la 5G approche avec son créateur, Dan Didio, en dehors de l’affaire. Un projet ambitieux et très risqué qui pourrait néanmoins redéfinir le principe de continuité dans les comics, en créant une chronologie définie, comme seul l’univers Star Wars chez Dark Horse a su faire.

Spider Man : les origines du super-héros emblématique de Marvel

Spider Man : les origines du super-héros emblématique de Marvel

Dans le monde des comics, une lutte s’est engagée depuis la fin des années 70 pour que les artistes ayant créé des personnages touchent une somme équivalant plus ou moins à des droits d’auteur. Ce que nous appelons des royalties. S’ils ne possèdent pas les droits d’exploitation, ils touchent une rémunération lorsque leurs personnages sont adaptés ou utilisés, peu importe la forme. Le cas de Spider-man semblerait être des plus clairs. Amazing Fantasy #15 crédite Stan Lee et Steve Ditko. Mais l’affaire n’est pas aussi simple et a fait l’objet d’une querelle entre les artistes fondateurs de Marvel Comics.

 

Stan Lee : Le Maître Créateur

 

Que vous lisiez ou non des comics, vous connaissez Stan Lee. Il est le visage de Marvel Comics. Il est sa marque de fabrique. Sur les comics, il signait d’un « Excelsior ! ». L’exclamation fantasque reste en tête, et participait à associer la notion de divertissement des comics à un personnage médiatisé : Stan Lee. De son véritable nom Stanley Lieber, le diminutif est un moyen de marquer le lecteur. Qui plus est, mentionné à plusieurs reprises dans chaque numéro (dans les crédits, dans les réponses au courrier des lecteurs, etc.) il était difficile de ne pas le croiser.

Ce personnage médiatique envahissait la télévision. L’ambition sans précédent de Stan Lee consistait à étendre l’empire Marvel au-delà des comics. Pour ces raisons, les fans de l’araignée peuvent croiser la route du sentaï en 1978 ainsi que la série américaine de 1977, d’où sont dérivés les deux premiers long-métrages dédiés au personnage. Tout comme les crédits de la première série animée, Stan Lee se présente en tant qu’unique créateur de Spider-man. En tant que père du succès Marvel, il serait impensable qu’il n’ait pas créé son personnage le plus populaire.

L’origine de la création de Spider-man lui reviendrait. Son intention originelle était de créer une variation de Superman. Il aimait chez lui sa double identité. Cette idée qu’un surhomme puisse se cacher chez un être imparfait et maladroit. Stan Lee voulait moderniser cette lecture, en rajeunissant le super-héros, en le rendant identifiable. La jeunesse est une idée récurrente chez Stan Lee. En renouant avec son frère, bien plus jeune, il écrit de plus en plus à un public adolescent, leur permettant de mieux s’identifier. En terme d’alter-ego, Stan Lee aurait puisé l’idée de l’araignée d’une lecture d’enfance. En charge du projet, et scénariste, Stan Lee est aujourd’hui crédité au même titre que Steve Ditko, le dessinateur des premières années de The Amazing Spider-man.

 

Pour un costume de plus

 

Le concept d’homme-araignée a néanmoins déjà été abordé. Nous sommes en 1962, et voilà une trentaine d’années que le super-héros existe. Les éditeurs se sont multipliés et le super-héros a été décliné sous toutes ses formes. Jack Kirby est l’artiste phare de Marvel Comics. Il a créé les Avengers, Captain America, X-men et Fantastic Four. Son style est ancré comme fondations de l’éditeur. Ce qui n’empêchait pas Jack Kirby de répondre à d’autres demandes pour d’autres éditeurs, le cinéma, ou… les costumes pour enfants.

En 1954, il réalise un dessin d’un costume de super-héros pour enfant pour l’entreprise Ben Cooper Inc. Le costume jaune est recouvert de lignes noires formant des toiles d’araignées séparées. Le masque est une seule est même toile d’araignée avec une araignée présente entre les deux yeux. Sur le front, on peut y lire un large « Spider Man ». Le costume est bien loin du résultat que nous connaissons mais en comporte les éléments essentiels.

En Octobre 1963, une nouvelle version du costume est vendue. Quelques mois après la première apparition de Spider-man, l’entreprise sort un costume aux couleurs du personnage, à partir du design d’origine. Jack Kirby défend être le créateur du costume de Spider-man.

 

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Il n’y a pourtant rien d’étonnant. Stan Lee et Jack Kirby étaient les deux auteurs qui allaient révolutionner les super-héros. Ces intouchables travaillaient toujours ensemble. Il va de soi que Jack Kirby ait fourni le premier visuel de Spider-man et de Peter Parker. Ce travail préparatoire est visible dans l’album Les Mémoires Incroyables de la Vie Fantastique de Stan Lee. Ce comics raconte l’histoire de Stan Lee à partir de ses souvenirs. Y est inclus, ce fameux dessin réalisé par Jack Kirby. Stan Lee aurait trouvé Spider-man trop musclé, trop large. Il souhaitait étoffer son éventail de personnages avec un être jeune et chétif.

Alors commence la querelle entre les artistes. Steve Ditko dément ces informations selon lesquelles Jack Kirby aurait été le créateur du costume de Spider-man. D’après lui, Jack Kirby avait effectivement travaillé sur Spider-man, mais aurait livré une version très différente du personnage.

 

Spider-man : heureux descendant de The Fly ?

 

C’est alors qu’intervient un quatrième artiste : Joe Simon. Dans une interview, le scénariste et ami de Jack Kirby, avec qui il a créé Captain America, dit avoir grandement apprécié travailler sur les comics The Fly. Sur son histoire, son évolution, et qu’à priori, The Fly aurait donné naissance à Spider-man chez Marvel. The Fly était un super-héros créé par Joe Simon en 1959, un adolescent qui frotte un anneau arborant le symbole d’une mouche pour se transformer. Le personnage évolue très rapidement et grandit pour devenir avocat et justicier.

Si Joe Simon ne revendique aucunement le titre de créateur, il estime avoir eu une influence sur la création de Spider-man. Et cette influence pourrait amener à l’un des arguments brandis par Steve Ditko au début des années 2000. Il met sur papier la représentation de Spider-man que Jack Kirby aurait livré avant que Ditko ne soit rattaché au projet. Si le dessin fournit tente un rapprochement avec Captain America, ce dessin évoque bien plus The Fly. L’une des caractéristiques de The Fly était qu’il possédait un étui où ranger son pistolet. Ce qui était osé vu le contexte de censure imposé depuis peu. De plus, selon Steve Ditko, les idées de Jack Kirby concernant la création de Spider-man et de son costume, auraient également impliqué un anneau pour passer d’une identité à l’autre.

Le hasard faisant bien les choses, The Fly n’était pas le nom d’origine du projet monté par Joe Simon et Jack Kirby. Reposant sur les mêmes caractéristiques, The Fly aurait dû s’appeler The Silver Spider. Un rapport à l’araignée étrange qui a pu inciter Jack Kirby à s’en inspirer pour nourrir le projet Spider-man.

 

 

A qui tirera le plus à soi la couverture ?

 

En Août 1962, Amazing Fantasy #15 dévoile Spider-man sur une couverture de… Jack Kirby. L’artiste n’est pas crédité. Steve Ditko aurait présenté sa couverture et aurait été rejetée. Jack Kirby reprend le travail à faire et livre un crayonné qui satisfait Stan Lee. Steve Dtiko n’avait plus qu’à encrer et remanier, à sa manière, cette illustration de Spider-man. La couverture possède néanmoins quelques failles. On peut facilement déceler le style de Jack Kirby à travers l’expression du visage effrayé de l’homme que porte Spider-man. Sa large mâchoire, ses mains volumineuses et ses doigts épais sont des caractéristiques récurrentes chez les personnages de Jack Kirby. De même, Spider-man possède une nuque plus large, une musculature plus prononcée. L’acrobate svelte de Ditko laisse place à un athlète au torse bombé.

Cette couverture est une variation de celle livrée par Ditko. Celle qu’il a donné présentait la même scène, sous un angle différent, en plongée. Le héros au centre s’élance, suivi du regard par des passants stupéfaits de ses capacités. Seulement, ces civils étaient nombreux, et l’angle attirait bien plus l’attention sur ce monde foisonnant que sur le personnage. Il n’y a donc rien d’étonnant à voir Jack Kirby modifier l’angle, épurer le décor et présenter un personnage plus confiant et mis en valeur par une légère contre-plongée. La couverture de Kirby laisse quelques civils minuscules présents sur les toits, suivant du doigt ce nouveau héros masqué. Ce monde est laissé derrière pour laisser plus de place à Spider-man. Le prototype de Steve Ditko a néanmoins été publié, pour la première fois en 1970, dans Marvelmania Magazine #2.

Jack Kirby défend être l’auteur de la première couverture de Spider-man. Mais Steve Ditko joue sur les mots, et considère la couverture de Jack Kirby comme étant la seconde, la sienne ayant été rejetée par Stan Lee. Dans notre rôle de lecteur, la comparaison laisse bien penser qu’il s’agit bien d’une couverture de Jack Kirby, ayant de nombreuses similitudes avec celle de Ditko. Mais ce que Ditko n’a su accepter, est que sa vision dérangeait en ce qui concernait la présentation du personnage. Car l’implication de Ditko dans la création de Spider-man est indéniable.

 

Steve Ditko : Artiste pleinement impliqué

 

Steve Ditko se défendra grâce aux crédits d’Amazing Fantasy #15, où est écrit « Stan Lee & Steve Ditko » et où les rôles ne sont pas définis. On ne sait qui dessine, qui a écrit le script ou les dialogues. Il ajoute que Stan Lee n’a fait que lui livrer un synopsis qu’il a dû développer seul en confectionnant les planches. Rien de bien surprenant, puisqu’il s’agit de la fameuse « méthode Marvel » dont se vantait Stan Lee. Le scénariste donnait un synopsis résumant le contenu du numéro au dessinateur. A lui de dessiner et de composer les planches selon son bon vouloir. Stan Lee n’aurait plus qu’à intégrer les dialogues.

Pour cette raison, Steve Ditko est reconnaissable en tout point dans cette première aventure de Spider-man. Amazing Fantasy était un comic-book comprenant plusieurs histoires, souvent confiées à Steve Ditko pour sa transmission du suspense et ses retournements de situation. Stratégie éditoriale commune, Marvel fait apparaître son nouveau concept sous forme d’une histoire brève dans un magazine secondaire, à la couverture attrayante, une promesse d’une histoire et d’un personnage sensationnel.

 

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Ditko est tout aussi bien un dessinateur de génie qu’un scénariste de talent. Il se distingue par des tropes facilement reconnaissable, fort de ses créations chez différents éditeurs après la création de Spider-man. Qu’il s’agisse de Doctor Strange chez Marvel, de The Question et Blue Beetle chez Charlton, ou du Creeper et de Shade The Changing Man chez DC Comics, Steve Ditko a toujours eu recours à un même rapport de force entre le super-héros et le monde. Ses personnages sont imparfaits. Ils présentent des failles qui les renvoient continuellement à leur condition humaine et font face à un monde impitoyable qui les oppresse.

Peter Parker est un jeune lycéen. Il aurait pu être le plus populaire, le plus sportif, un exemple aux yeux des autres. Non, il est le surdoué rejeté. C’est l’intention de Stan Lee, de pointer du doigt une injustice. Et son choix de travailler avec Ditko sur le personnage est pleinement justifié, car Ditko sait comment traiter ce personnage dépassé. Le véritable ennemi de Peter Parker, comme de Spider-man, est le monde. Peter Parker a Flash Thompson, Spider-man a J. Jonah Jameson. D’une identité à l’autre, le héros a toujours une pression sociale, une force inatteignable, avec laquelle il va devoir vivre.

Dans ce milieu négatif, la force du récit va être les luttes et les valeurs ordinaires de Peter Parker. Ditko et Lee ont ensemble su mettre en avant des valeurs familiales à travers un drame qui va définir l’importance d’une philosophie bienveillante, synthétisant l’esprit du comic-book : le poids du pouvoir et le poids des responsabilités. S’ajoute à ça le comportement attentionné de Peter Parker envers sa Tante May. Un thème familial qui va constituer le statu-quo compréhensible d’un lectorat qui se reconnaît dans ce quotidien de lycéen, et se montre en réalité en exemple à travers la modestie du personnage, cachant sa double identité.

Si le personnage se démarque, en dehors de Peter Parker, Spider-man est lui aussi un héros particulier. Plutôt que de se présenter en grand sauveur de New-York, la modestie de Peter Parker empiète sur son alter-ego. Spider-man se définit comme « l’araignée sympa du quartier ». De son jeune âge, Peter Parker possède des ambitions à sa mesure. Une caractéristique qui va suivre toutes les créations de Ditko. The Question est un détective sans visage, un héros de l’ombre. Hawk & Dove sont deux frères, inspirés par deux philosophies différentes, liées par un même désir de justice. Ces personnages, et bien d’autres, ont en commun d’être des héros d’importance minime. Ils sont des héros parmi d’autres. Les créations de Ditko sont possédées par cette idée qu’il n’existe pas de grand héros. Chacun est défini par un caractère différent, et laisse planer l’idée que chacun peut se faire héros, par la force de ses valeurs. Et la création de Spider-man a été le déclic amenant à cette série de créations diverses.

Cette querelle interne aura brisé les relations entre ces artistes emblématiques de la maison Marvel à partir des années 80 – après le départ abrupt de Jack Kirby de la maison. D’un côté Stan Lee défendra le statut de Steve Ditko comme co-créateur, estimant que Kirby n’avait fait que participer aux prémices de ce qu’allait devenir Spider-man. En 1999, Stan Lee annonce avoir toujours considéré Steve Ditko comme co-créateur. De l’autre côté, Jack Kirby estime avoir créé le personnage et Joe Simon en avoir conçu les fondations avec Silver Spider.

De cette querelle qui n’a pas connu de fin, il faut retenir qu’une création ne se fait pas à deux ou à quatre mains. Un personnage est le fruit d’influences diverses, et ce foisonnement d’influences fait le succès de celui-ci. Pour être le Spider-man encore actif aujourd’hui, et brassant les mêmes thématiques inspirées par Lee et Ditko, il a fallu l’intervention de ces quatre artistes de génie, crédités ou non.

Ravencroft : L’asile de l’univers Marvel

Ravencroft : L’asile de l’univers Marvel

Parmi ce qui différencie DC Comics de Marvel, les lieux iconiques trouvent des limites chez Marvel que DC peut se permettre de franchir. L’Asile d’Arkham se veut aujourd’hui encore dépendante d’une architecture gothique qu’on ne peut lui retirer. Face à l’Asile d’Arkham et son apport à l’univers de Gotham et la lecture psychologique de ses criminels, J. M. Dematteis décide d’apporter à l’univers Marvel, se voulant plus proche du réel, son propre asile. Ainsi, le scénariste va créer l’asile Ravencroft.

 

Premier patient

 

L’univers Marvel comportait déjà de nombreux établissements plus ou moins connus pour retenir ses super-vilains : the Vault et the Raft en étaient les principaux à l’époque. DeMatteis fonde Ravencroft à New-York, un établissement qui compte un personnage affilié, le Dr. Ashley Kafka. Ce personnage se fait surtout remarquer par sa relation au criminel Carnage, et possède un rôle d’importance dans la série animée Spider-man dans les années 90, où elle vit une relation amoureuse avec Eddie Brock. Mais avant d’apparaître dans cette série animée, Ravencroft apparaît en 1991 dans Spectacular Spider-man #178, écrit par J. M. Dematteis et illustré par Sal Buscema. Ce numéro se concentre sur un antagoniste appelé Vermin.

 

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Vermin est un personnage qui apparaît pour le première fois dans Captain America #272. Il s’agit d’un orphelin kidnappé par le professeur Zola. Le célèbre ennemi de Captain America lui fait subir diverses expérimentations le transformant en arme biologique sauvage, doué d’une force surhumaine et d’instincts développés. Spider-man et Kafka apparaissent dans Spectacular Spider-man #178 comme des soutiens à Vermin. Plutôt que d’incriminer un être violent, mais également victime, ils tentent de l’aider et trouver un remède à cette créature. C’est alors qu’intervient le Dr. Kafka. En tant que psychiatre, elle analyse Vermin, tente de comprendre son comportement et desceller ses émotions. DeMatteis parvient à confronter divers points de vue et laisser le lecteur s’interroger sur la nature de Vermin. Réduit à un statut animal, où se trouve la part humaine ? Si un héros arrivait à le considérer comme humain, serait-il aussi violent ? Dans le monde des comics, un personnage est généralement réduit à son apparence. Les artistes possèdent de grandes connaissances en design, et la bande-dessinée implique généralement de donner à un personnage une allure en adéquation à son caractère.

Alors que Vermin s’est échappé, Spider-man et Kafka tentent de trouver une solution pour le ramener dans sa cellule. Seulement, s’il était enfermé, c’est qu’il faisait preuve de violence et est l’auteur de plusieurs meurtres. Dans les égouts, il rencontre un enfant perdu. La vision d’un enfant capable de le traiter comme un humain lui fait réaliser qu’il n’est pas qu’une créature. Vermin aide cet enfant à retrouver son foyer, évitant de peu Spider-man. Sal Buscema dessine cette scène en conservant au centre, une bouche d’égout où d’une bande à l’autre, apparaissent ces deux personnages, suggérant une opposition. Cette opposition, J. M. Dematteis la suggère fortement avec un possible inversement des rôles. Le scénariste nous présente bien l’idée que même un héros peut se tromper. En incitant le lecteur à avoir pitié de Vermin, Spider-man semble être du mauvais côté et devient, avec une facilité surprenante à la lecture, l’élément redouté par le lecteur. Parce qu’il sait pertinemment que la méthode du super-héros va être de frapper sur son ennemi.

 

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La chose n’est pas aussi simple, car Dematteis ne se contente pas de présenter Vermin sous un beau jour. Pour ramener cet enfant chez lui, Vermin va user de ses méthodes violentes. Et la réflexion sera bien de savoir si Vermin a conscience du mal qu’il commet. Cette histoire trouve sa conclusion dans le numéro suivant. Vermin s’identifie tellement au jeune garçon qu’il va considérer ses parents comme étant les siens. Face à son allure monstrueuse, le père lui tire dessus et Vermin s’enfuit et se déchaîne, fou de colère. Lorsqu’il retrouve Kafka, il la voit avec Spider-man et se sent trahit. Il attaque Kafka et s’enfuit à nouveau. Spider-man réalise à quel point la situation est complexe. Il en veut au docteur pour avoir été aussi proche de Vermin, qui est une erreur médicale, mais qu’il ne peut vraiment lui reprocher, puisqu’il s’agissait du seul semblant de confort qui pouvait faire surgir l’enfant qui restait encore présent dans ce corps.

 

Évolution de l’établissement

 

Ravencroft évolue, et est utilisé à travers divers titres par son créateur. Arrivé sur Daredevil, DeMatteis fait rentrer à l’asile l’ennemi du héros appelé Sir dans Daredevil #348. Alors que Marvel et DC composent des crossovers, DeMatteis écrit Spider-man and Batman en 1995 avec Mark Bagley. Les deux héros affrontent leurs deux ennemis les plus redoutables : le Joker et Carnage. Tous deux patients d’un asile. Le rapprochement entre Batman et Spider-man va s’accentuer. Ce numéro spécial joue sur les similitudes des deux univers. Carnage et Joker, Ravencroft et Arkham, mais surtout sur le drame ayant donné naissance à l’identité héroïque : le meurtre d’Oncle Ben et des parents de Bruce. Dematteis pointe du doigt le parallèle envisagé où Cletus Kasady aurait tué les Wayne et le Joker aurait assassiné l’oncle de Peter.

Ravencroft va puiser de l’univers de Gotham, en dehors de cette rencontre qui ne fait que suggérer des similitudes. C’est dans une mini-série Moon Knight que le scénariste Doug Moench glisse vers une référence à l’univers de Gotham. Ravencroft joue un rôle mineur. Mais pour la première fois, Moench l’intègre à l’univers de Moon Knight. Doug Moench est un scénariste très proche de l’univers de Batman, en particulier dans les années 90. Il revient à sa création chez Marvel avec une expérience solide chez DC. Moon Knight se veut être une version de Batman inspiré par une entité, teinté de culture mythologique égyptienne mêlé à une psychologie complexe du héros, capable de basculer. C’est dans cette série, et dans la représentation de l’asile par Tommy Lee Edwards, que Ravencroft devient l’établissement à l’allure gothique.

Néanmoins, Ravencroft ne va pas avoir d’apport particulier pour le personnage de Moon Knight et reste une connexion encore inexploitée entre deux éléments pourtant complémentaires entre le justicier instable et l’asile qui ramènerait Moon Knight à son inspiration du chevalier de Gotham.

 

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C’est en partie ce qu’a réalisé Gregg Hurrwitz avec Vengeance of the Moon Knight, dessiné par Jerome Opena. Après avoir arraché le visage de son ennemi juré, Bushman, dans la série Moon Knight de Charlie Hutson et David Finch, il décide de se venger et libère les détenus de Ravencroft. Seul face à cette vague de folie, Marc Spector (aka Moon Knight) doit également lutter contre sa propre folie, éveillée par celle de ses ennemis, en plus de ses pulsions violentes qu’il pensait avoir vaincu. Ce comics d’action intense est également la représentation d’une lutte intérieure dont les références à Batman sont nombreuses. Et Ravencroft se dresse comme l’une des plus flagrantes.

 

Carnage : la star de l’asile

 

Ravencroft devient rapidement un établissement qui va nourrir le personnage hautement dérangé de Cletus Kasady avec l’introduction à l’événement Maximum Carnage. Dans Spider-man Unlimited #1, écrit par Tom DeFalco et dessiné par Ron Lim, Cletus s’échappe et massacre tout le personnel qu’il peut croiser. C’est également à Ravencroft qu’il trouve le bras droit de son équipe en la présence de Shriek. A l’origine enfermé à Vault, Ravencroft va devenir l’établissement de prémonition pour l’hôte de Carnage et mettre l’accent sur le dérangement psychologique du personnage. Aussi attaché à Ravencroft que le Joker ne l’est à Arkham, Carnage tisse une toile dans l’univers de Spider-man, se connecte avec divers de ses éléments qui font de Maximum Carnage un événement d’importance, de par son statut de récit choral.

Ainsi, que ce soit dans l’événement Planet of Symbiotes, Carnage Unleashed ou la mini-série Carnage de 2006, Ravencroft est toujours un lieu engagé dans ses luttes. Qu’il s’agisse d’un simple lieu introductif, d’une simple mention, Ravencroft est ce lieu qui récupère les indésirables. Vermin avait ce sens d’être rejeté de tous, que seul Ravencroft pouvait accueillir. Kasady est cette exception. Même si seul Ravencroft accepte ce tueur en série, Kasady passe son temps à leur échapper, comme un marginal impossible à raisonner.

 

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Mais étrangement, jamais Cletus Kasady n’aura de développement psychologique comme Vermin. Peut-être cette absence d’étude participe à la réputation de malade incurable, habité par la folie meurtrière, qui fait la singularité de cet antagoniste redoutable. Devenu Carnage après l’évasion d’Eddie Brock de Ryker’s Island, où un fragment du symbiote fusionne avec son co-détenu, Kasady se transforme et ses pulsions meurtrières se multiplient. C’est après cette transformation dans Amazing Spider-man #345 passe de criminel à patient dangereux à Ravencroft.

En 2019, avec Absolute Carnage, Ravencroft profite d’une nouvelle mise en avant et d’une nouvelle définition. Malgré son simple statut de bâtiment, Ravencroft témoigne d’une nouvelle structure. Avec le temps, Ravencroft se calque de plus en plus sur l’Asile d’Arkham et puise son allure gothique effrayante qui va accentuer, dans Absolute Carnage l’ambiance oppressante d’un Carnage malsain et puissant. Donny Cates donne à Cletus la possibilité de répandre son pouvoir, le partager à d’autres et les transformer en symbiotes monstrueux. Il va chercher à retrouver Osborn, enfermé à Ravencroft, alors que Spider-man et Venom vont tenter de le protéger. Avec cette puissance destructrice phénoménale, qui participe à la qualité de l’événement, Absolute Carnage détruit Ravencroft.

 

Ravencroft aujourd’hui

 

Remis en avant, l’asile profite des conséquences de l’événement précédent pour, en 2020, commencer une mini-série en cinq parties dédiée à l’établissement. Il conserve son allure gothique et profite d’une reconstruction pour s’étendre à un domaine plus et va reposer sur l’héritage des comics horrifiques Marvel avec entre autres Dracula ou Werewolf by Night. Frank Tieri développe Ravencroft. A travers sa reconstruction dans Ravencroft, le scénariste explore un passé à la Arkham dans la série de one-shot Ruins of Ravencraft. On y suit le maire Wilson Fisk, Misty Knight et Reed Richards explorer les ruines et les secrets de l’établissement. Tieri y applique une ret-con, impliquant Sabertooth dans l’histoire de Ravencroft et les personnages de l’univers horrifique et mystique Marvel. L’histoire implique le culte de Carnage ayant mené l’établissement à sa perte, est également ce qui a mené à la création de l’asile par Molly Ravencroft face aux massacres de l’ancêtre de Cletus, Cortland Kasady.

 

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Tieri joue beaucoup sur le destin de deux familles, et apporte du crédit aux jeunes créations et innovations de Donny Cates. De tout ces secrets, le titre Ravencroft s’en nourrit et propose un contexte très particulier où certains héros se retrouvent dans des positions délicates, John Jameson en première ligne, portant des séquelles psychologiques après que Carnage l’ait utilisé comme arme. C’est une réinvention audacieuse et l’histoire d’un lieu qui gagne enfin l’intérêt qu’il mérite depuis près de trente ans. Il assume pleinement son inspiration gothique et en fait l’endroit idéal pour toutes ces créations obscures de Marvel, avec l’ingénieuse idée d’y inculquer la situation politique de Marvel avec le maire Fisk qui ne cache pas ses relations dans sa carrière criminelle. Ravencroft est un cocktail ingénieux mêlant héros urbains et lieu horrifique, pour un récit pleinement connecté aux événements canoniques de son univers, et à Absolute Carnage, et à la série Daredevil. Alors qu’il s’implantait à l’origine parmi les lieux de détentions, il s’en dégage désormais une atmosphère unique peuplée des personnages de l’univers Marvel oubliés sinon délaissés.

Alan Scott : Le Green Lantern du Golden Age

Alan Scott : Le Green Lantern du Golden Age

Le personnage de Green Lantern n’a pas toujours été rattaché à cet univers cosmique et à cette éthique du policier de l’espace. Pas de Gardien, pas de costume noir et vert, mais les prémices de ce qui allait devenir l’un des plus grands ranger de l’espace. Avant Hal Jordan, il y avait Alan Scott, le premier Green Lantern. De fil en aiguille, vous verrez que le Green Lantern actuel repose sur bien des influences.

 

Martin Nodell : D’inspirations variées à inspirations croisées

 

Une fois Superman et Batman apparus, les comics se sont transformés. Le super-héros avait envahi le médium et sont devenus un phénomène culturel populaire. Detective Comics, Inc. (qui allait devenir DC Comics) était associé à National Allied Publications et All-American Comics. C’est chez ce dernier que Green Lantern a vu le jour.

Le concept est sorti de la tête de son dessinateur : Martin Nodell. Sorti d’une école d’art, il débarque à New York pour trouver un travail suite au décès de son père. Il devient dessinateur de comic-books, un boulot qui demandait désormais de dessiner des super-héros. Il trouve l’idée du Green Lantern en voyant un travailleur dans le métro, portant sa lanterne verte dans le noir du tunnel pour signaler que la voie était dégagée. Nodell trouve son idée et explore la mythologie grecque pour ses recherches. Il s’inspire du fameux talon d’Achille. La référence aux mythes grecs n’est pas anodine. Flash porte fièrement le casque d’Hermès et ses ailes, Wonder Woman se fait nouveau symbole du panthéon olympien dans le monde des hommes, et Superman multiplie les exploits qui renvoient aussi bien à Hercules qu’à Atlas.

L’idée de l’anneau lui vient du Cycle de Nibelung de Richard Wagner, ce même opéra qui inspirera à J. R. R. Tolkien Le Seigneur des Anneaux. En s’inspirant de Wagner, Nodell va réutiliser divers éléments que Wagner a lui-même cueillit dans la mythologie nordique. Ainsi, L’Anneau de Nibelung va réutiliser la forme du cercle enflammé et donnera à Nodell l’idée d’un anneau capable de contrôler un feu verdâtre, léguant sa puissance à un héros valeureux, fort d’une volonté inébranlable. La notion de peur s’infiltre déjà, sans doute grâce à Bill Finger, avec l’écriture d’un Alan Scott ou insouciant ou insensible à cette émotion.

La singularité de ce premier Green Lantern repose également dans son costume. Les couleurs qu’il porte ne sont pas dues au hasard. Elles sont le fruit des recherches mythologiques de Nodell. Elles portent des symboles liés à la magie de son anneau, et les valeurs défendues du héros. Le vert est la représentation de la vie défendue, d’où l’idée d’un feu vert bienveillant, le rouge serait lié à la puissance et le violet symboliserait l’équilibre. Le rapport aux personnages mythologiques est incertain. Par mythologie, on peut supposer que Nodell ait orienté ses recherches aussi bien du côté de la mythologie grecque que de la mythologie nordique.

Green Lantern était définit. Restait à trouver le nom civil de son personnage. Nodell a tourné les pages de son annuaire téléphonique avant de s’arrêter sur le nom de Alan Ladd. Les noms courts sont toujours privilégiés. Seulement, ce nom appartenait à un acteur de cinéma célèbre. Ainsi, Alan Ladd se transformait en Alan Scott.

 

Les premiers exploits

 

Ce premier Green Lantern répond aux clichés du super-héros du Golden Age. Il porte un loup cachant ses yeux, représentés par deux formes ovales blanches. Un élément qui était jusqu’alors uniquement attribué à Batman. Il porte une longue cape violette recouvrant un costume très coloré. Il apparaît en 1940 dans All-American Comics #16, évidemment dessiné par Martin Nodell, mais dans une aventure écrite par Bill Finger, le scénariste et co-créateur de Batman. Et la première aventure de Green Lantern repose sur un même principe, de meurtre et de vengeance. Or, contrairement au jeune Bruce Wayne, Alan Scott est un ouvrier qui participe à la construction d’une voie de chemin de fer. Il œuvre sur la construction d’un pont, détruit par Dekker, l’un des associés d’Alan Scott, jaloux de son succès. Le pont explose et Alan Scott en est le seul rescapé.

 

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Il découvre que la lanterne l’a sauvé. Celle-ci est le fruit d’un ouvrage chinois, réalisé à partir d’un métal liquide d’origine extra-terrestre prélevé d’une météorite dans des temps très anciens. Alan Scott en ressent une étrange énergie, et réalise que la lanterne qu’il tient dans sa main a une conséquence et est douée de parole. Elle se présence comme la Flamme Verte et invite Alan Scott à forger de ses mains un anneau à partir de ce métal si particulier. L’anneau à son doigt, celui-ci lui confère un pouvoir dépendant de sa volonté. Ses capacités sont présentées comme un feu généré par l’anneau qu’il peut contrôler à sa guise. Or, dès sa première aventure, il se révèle capable de se rendre intangible. Plus tard, il commencera à développer les capacités qu’on connaît, à savoir désarmer ses adversaires à ce qui ressemble de plus en plus à un rayon lumineux.

Superman possède sa kryptonite. Chaque super-héros a besoin d’une faiblesse. Les créateurs conservent l’idée logique d’un bois nécessaire pour émettre une flamme, d’un combustible, et le renverse. Paradoxal, ce feu vert va avoir pour faiblesse le bois. Si le rapprochement peut prêter à sourire, l’idée n’en est pas moins réfléchie. Ce métal unique, générant un feu vert capable de se modeler et d’être contrôlé par un anneau est une arme dangereuse et rare. Ce feu alien va s’opposer au bois, matériel le plus rudimentaire. Le personnage peut rivaliser avec toute autre force du mal mais possède un talon d’Achille capable de le mettre régulièrement en situation difficile et de le ramener à sa condition de simple humain et d’en faire ressortir ses valeurs de justicier.

C’est de là que Green Lantern va tirer sa singularité. Il mêle diverses inspirations de folklores différents et profite d’une variation de couleurs uniques. S’il est humain, il se présente comme un défenseur de la vie avec de longues tirades sur son rôle de protecteur. Un trait de caractère qui s’accentuera par la suite, tout comme son rapport à Gotham. Du fait de son co-créateur, Bill Finger, Alan Scott se retrouvera régulièrement mêlé à l’univers de Gotham City dans un simple team-up dans Detective Comics #784-786 en 2003, ou dans les scènes flashbacks de Batman : Silence.

 

Le feu bref du Golden Age

 

Dans All-Star Comics #3, Alan Scott rejoint la Justice Society of America, la première équipe de super-héros. Lors de réunions entre super-héros, divers personnages vont raconter, tour à tour une aventure vécue chacun de leur côté. Ce ne sera que bien plus tard que le titre montrera l’équipe agir ensemble. Néanmoins, chose extraordinaire pour l’époque et plus encore à l’heure actuelle, cette équipe regroupée des personnages issus de trois sociétés différentes : Detective Comics Inc., All-American Comics, et National Allied Publications.

 

En 1941, l’éditeur lance une série régulière éponyme. Green Lantern peut alors développer son univers. Mais ces premières aventures s’essayent à des genres bien différents. Green Lantern arrêtera des voleurs ordinaires comme il affrontera un zombie colossal nommé Solomon Grundy. Green Lantern Quarterly devient Green Lantern. Alan Scott rejoint Comics Cavalcade. Il intègre le panthéon érigé par ces maisons d’éditions associées.

Mais Green Lantern va être victime de la sortie de guerre et de la perte de vitesse des super-héros au profit du western. Ce personnage fort d’une diversité d’aventures ne peut s’adapter à ce genre très fermé auquel le super-héros ne peut véritablement s’adapter à moins de s’en être imprégné. Il disparait totalement en 1951, alors que All-Star Comics se transforme en All-Star Western, et ne reviendra que bien plus tard. C’est toute cette problématique du règne du western et de la disparition des super-héros qui met à mal DC Comics, et dont Julius Schwartz trouva la solution avec l’explication d’une Terre parallèle dans The Flash #122.

 

Alan Scott : Green Lantern de Terre-2

 

En créant cette Terre parallèle, Julius Schwartz fait se rencontrer Jay Garrick et Barry Allen, le Flash de l’âge d’or et celui de l’âge d’argent. Ce sont deux mondes qui vont distinguer les héros de la première heure, et leur version moderne. L’éditeur commence avec Flash, mais multiplie ensuite ces rencontres pour chaque héros possédant un double.

En 1963, Alan Scott réapparaît dans Justice League of America #22. Julius Schwartz décide d’user de son concept jusqu’au bout, en associant la Justice Society à la Justice League dans un crossover intitulé Crisis on Earth-2. C’est ainsi que les héros du Golden Age sont réintroduits dans l’univers DC, alors que le super-héros reprenait sa place dans les années 60. Ces rencontres annuelles ne manqueront pas et participeront à faire de Alan Scott l’un des représentants de cette terre avec Jay Garrick.

 

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Alan Scott va être le reflet du Green Lantern qui l’a remplacé, Hal Jordan. Suite à la création d’une terre parallèle, le titre Green Lantern campé par Hal Jordan va donner lieu à des rencontres entre les deux porteurs de l’anneau. Le premier se trouve dans Green Lantern #40. Les premières pages présentent à nouveau ce personnage disparu depuis une dizaine d’années. Green Lantern #40 redéfinit le personnage d’Alan Scott, modifiant ses origines. Ce qui était à l’origine un météore devient de l’énergie pure.

Nodell avait créé un personnage se référant à diverses cultures, essentiellement mythologiques. Mais créateur de Hal Jordan, John Broome, modifie Alan Scott pour qu’il se rapproche de la redéfinition des Green Lantern comme police spatiale. L’anneau d’Alan Scott serait Starheart, un anneau très puissant que les Gardiens auraient façonnés avant la création des Green Lantern. C’est également dans ce numéro qu’apparaît pour la première fois les Oans et l’antagoniste Krona, un scientifique aux desseins maléfiques que les Gardiens ont condamné à errer dans l’espace sous forme d’énergie. Les Oans évoluent et sont devenus les Gardiens actuels, ayant oublié Krona. Ce dernier s’est servi d’Alan Scott comme source d’énergie et se libérer et se venger des Gardiens. En collaborant, les deux Green Lantern parviennent à arrêter Krona. Alan Scott refera diverses apparitions auprès de Hal Jordan, dans Green Lantern #45, 52, 61. Alors que Hal Jordan fait équipe avec Green Arrow, Alan Scott aura droit à un back-up dans le #88.

S’il est réintégré à l’univers DC, il reste très discret. Roy Thomas, dans All-Star Squadron, puis Infinity Inc, développera le personnage et sa descendance. Passionné des comics de l’âge d’or et de la Justice Society, l’ancien bras droit de Stan Lee intègre DC Comics dans le seul but de réanimer cette équipe pour le moins abandonnée. Infinity Inc s’intéresse à l’avenir, aux générations futures de super-héros. Evidemment, de ce parallèle, Alan Scott fera plusieurs apparitions notamment concernant les tie-in à l’événement Crisis on Infinite Earths en 1985 où tous les personnages sont mobilisés.

Seulement, après l’événement, les deux terres sont supposées vivre au sein d’un seul et même univers. Cette simplification se solde par le numéro spécial The Last Days of the Justice Society, publié en 1986, amenant Roy Thomas à sacrifier son équipe dans une lutte associant divinités nordiques, seconde guerre mondiale où les objectifs de l’éditeur sont bien clairs : tuer les personnages datés. Fermement opposé à l’idée de les tuer, le scénariste livre une note d’espoir, où Infinity Inc et les enfants d’Alan Scott reprendraient le flambeau, alors que les membres de la Justice Society seraient simplement disparus.

 

Sentinel : le renouveau de Alan Scott

 

Alan Scott disparait à nouveau. Il ne réapparait que 6 ans plus tard, en 1993, dans Armageddon : Inferno #3.  Face à un ennemi commun, l’univers DC se mobilise. Abraxis est cependant trop puissant. Le Spectre va ramener la Justice Society pour permettre à la Justice League de sauver l’univers. Cet événement n’était alors qu’une excuse, affirmant l’erreur qu’était de laisser de côté les héros de l’âge d’or avec ce fameux numéro spécial.

Plutôt que de les enfermer ou de les tuer, l’éditeur décide de les faire évoluer. Dans un titre annexe, Green Lantern Corps Quarterly, Alan Scott se réveille rajeunit, dans un nouveau costume. Sans plus de précision, il apprend que Harlequin l’a rajeuni. Mais il ne s’agit là que d’une première évolution. Par la suite, il fusionne avec Starheart et absorbe la puissance de son anneau. Sans anneau, il se rebaptise Sentinel. Il décidera par la suite de porter l’anneau en guise de symbole.

 

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La Justice Society se forme à nouveau sous la plume de Geoff Johns. Alan Scott y est un des membres éminents. Avec son rôle au sein de la Justice Society, Alan Scott a développé cette lecture du père, du mentor. Un élément propre aux héros de l’âge d’or sur lequel repose beaucoup la JSA de Geoff Johns, apportant de nouveaux personnages, dont Stargirl, ayant besoin d’être encadrés. Le rôle de père est d’autant plus important que la JSA compte parmi ses membres Jade, la fille d’Alan Scott.

En 2003, dans JSA #50, alors que son fils Obsidian décide de mettre à mal sa famille et tente de faire culpabiliser son père d’avoir créé un monstre, Alan Scott perd son anneau et son fils extirpe toute force du corps de son père. Jay Garrick récupère l’anneau pour sauver son ami. Une fois l’anneau en main, Alan Scott décide de reprendre le nom de Green Lantern. Johns ramène subtilement le personnage à ses fondations.

 

Les New 52 : une modernisation extrême

 

En 2011, l’univers DC est chamboulé par l’événement Flashpoint qui amène à un reboot de l’univers DC. Les New 52 ont pour objectif de rajeunir ses héros, d’en livrer une version plus moderne. Les héros de l’âge d’or sont réadaptés pour plaire à un nouveau public. DC lance alors le comics Earth-2. On y trouve un jeune Jay Garrick, et un jeune Alan Scott, dont les origines vont être bouleversées au même titre que l’univers.

Alan Scott s’apprête à demander son petit ami en mariage dans le train. Mais le train explose. Lui seul en réchappe. L’avatar du Vert a senti la charge émotionnelle que portait Alan envers l’anneau qu’il portait et a décidé d’y sceller son pouvoir. Alan Scott devient alors Green Lantern et affronte l’avatar du Gris représentant la mort. Alan Scott se fait donc, par opposition, représentant de la vie. Contrairement à la version d’origine, Alan Scott tire ses pouvoirs du sol et de la planète où il se trouve. Un élément qui sera exploité dans l’événement Convergence.

Enfin, la dernière mention d’Alan Scott date de la maxi-série Doomsday Clock, où le Dr. Manhattan mentionne l’importance du personnage sur l’univers DC. Il dit avoir réussi à effacer toute existence de la Justice Society simplement en déplaçant la lanterne que tenait Alan Scott le jour de l’accident sur la voie de chemin de fer. Preuve en est que peu importe les modifications, les scénaristes reviennent toujours à la version originale.

Marvel 2099 : L’univers dystopique des comics Marvel

Marvel 2099 : L’univers dystopique des comics Marvel

2099 a été le premier univers alternatif Marvel à succès. Connu en France grâce au magazine Semic publiant les aventures de principales séries, 2099 réinvente l’univers Marvel et ses personnages principaux dans un univers futuriste sombre et violent. Le projet de cette anticipation était pourtant différent de son résultat. Et si on retient avant tout la réécriture de Miguel O’Harra, le Spider-man 2099, bien d’autres personnages ont connu cette mutation, ou ont été créés de toute pièce. Retour vers le futur avec Marvel 2099 !

 

2099 : Un projet de Stan Lee

 

Dans les années 80, Stan Lee s’écarte définitivement des comics. Sa vie l’a mené à s’intéresser à la littérature, au cinéma. Il reste dans les parages pour continuer à entretenir son image de marque. Au début des années 90, Stan Lee profite du remaniement de Marvel Comics et de son bref retour grâce aux jeunes artistes Whilce Portacio, Rob Liefield et Jim Lee pour tripler son salaire et proposer un projet d’envergure : l’univers 2099. Stan Lee reconnaît une idée fructueuse et avec un monde du comics en pleine révolution et une avant-garde artistique pessimiste et révoltée. L’univers Marvel doit s’adapter. Ainsi, le projet d’une série contenant un univers tout entier devient un label connectant plusieurs séries régulières.

Le concept est simple. A quoi ressemblerait l’univers Marvel dans 100 ans ? Les comics ont imaginé les années 80/90/2000 dans les années 50/60. En réutilisant ce concept daté et en l’ajustant au regard neuf de la nouvelle génération, Lee offrait à Marvel un projet en or. L’ancien responsable éditorial partage son projet, ayant trouvé la parfaite excuse scénaristique pour proposer une approche futuriste et un terrain vierge à des artistes capables de s’adresser au public actuel.

C’est alors que Lee rencontre des complications et perd la main. Avec l’avancée du projet, Stan Lee souhaite retrouver un poste de scénariste. Malgré cette approche futuriste, il souhaite reformer son duo avec Steve Ditko pour réinventer Spider-man. Il n’en sera rien. De même pour ce qui devait être un graphic novel, Lee était entré en contact avec John Byrne.

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Le projet que lui proposait Lee aurait consisté en un numéro introduction de 64 pages. Lee voulait se focaliser sur les connections entre la génération actuelle de super-héros et celle de cette nouvelle temporalité. Il fallait, selon lui, que le lecteur sache ce qu’il était advenu de chaque super-héros de l’univers Marvel. Byrne  était opposé à l’idée. Il préférait se concentrer sur les nouveaux personnages plutôt que d’étouffer le lecteur avec une lourde quantité d’information. De ce désaccord, Byrne quitte le projet et publie une autre version intitulée 2112. Ce one-shot introduira sa réécriture des X-men, les Next Men.

 

Y-a-t-il un éditeur dans l’avion ?

 

Byrne raconte également avoir refusé un poste d’éditeur en chef, proposé par Stan Lee même, pour la gestion de cet univers. Ce qui ne serait pas étonnant. Si le projet possédait une introduction en cours, personne n’était désigné pour mettre de l’ordre dans les publications encore incertaines de cet univers. Byrne savait qu’il n’allait pas avoir carte blanche. L’artiste sortait de querelles autour de Superman chez DC et des X-men et des West Coast Avengers chez Marvel. Il savait d’expérience qu’il ne pouvait faire ce qu’il voulait avec cet univers, aussi alternatif puisse-t-il être.

Le projet d’introduction tombé à l’eau et Byrne parti chez Dark Horse, l’éditeur en chef, Tom DeFalco, organise une réunion pour trouver un éditeur à ce qui allait devenir une ligne de comics. Ils conçoivent ensemble un plot général et se donnent pour objectif de sortir cette nouvelle gamme en décembre 1992 pour contrer les sorties déjà très médiatisées d’Image Comics. Joey Cavalieri est désigné pour cette mission. Pour former les différentes équipes artistiques, il commence par réclamer des synopsis à différents jeunes scénaristes et forger l’univers 2099. C’est alors que les scénaristes se retrouvent affiliés à un personnage dont ils ont conçu cette nouvelle version.

 

Un univers cyberpunk en accord avec son temps

 

En 1992, le public découvre quatre nouvelles publications. Spider-man 2099, Punisher 2099, Doom 2099 et cette nouvelle création de Lee : Ravage 2099. Suite à la bonne réception de ces séries, apparaîtront X-men 2099, Hulk 2099, Ghost Rider 2099, Fantastic Four 2099, et bien d’autres. Tous évoluent au sein d’un même univers, régit par des idées définies. L’univers 2099 est une dystopie cyberpunk. L’esthétique de l’univers en est très influencée. En accord avec le genre du cyberpunk, 2099 est un monde corrompu, une mégalopole cachant ses vices et dirigé par Alchemax, une corporation ayant acquis un pouvoir total.

Le cyberpunk n’est pas un genre neuf. On associe aisément Metropolis (1927) de Fritz Lang comme un film cyberpunk, à la fois pour son rapport à la dystopie mais également à l’informatique et la nouvelle technologie envahissante où le libre-arbitre est limité, voir absent. Le cyberpunk envahit le cinéma et la culture populaire avec Blade Runner, Akira, l’OAV Gunmm, Total Recall ou encore la trilogie Robocop. Le genre s’intègre parfaitement à la vision du comics moderne définit par les sombres récits de Alan Moore, Frank Miller (Hard Boiled) ou la vague anglo-saxonne avec Marshal Law de Kevin O’Neil et Pat Mills . Ce dernier, scénariste, rejoindra les rangs de 2099 avec Punisher 2099 et reprendra Ravage 2099 après le départ de Stan Lee dès le huitième numéro.

 

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Avec Spider-man 2099, le scénariste, Peter David, s’apprête à signer sa plus grande création. Il est difficile de dire s’il limite les risques ou s’il en prend plus encore en se refusant de faire de ce Spider-man un descendant de Peter Parker ou une simple copie. Il décide de créer Miguel O’Harra. Un profil bien différent de Peter Parker, un homme d’une vingtaine d’année qui refuse de servir Alchemax, une société si puissante qu’elle se permet d’abuser de son pouvoir.

Suite à une expérience menée pour Alchemax, Miguel se voit modifié. Il possède des pouvoirs similaires à Spider-man, mais sous une autre forme. Il s’agrippe, par exemple, aux murs grâce à des crocs qui lui sortent du bout des doigts. Personnage populaire, il se présentait d’une certaine manière comme ce Superior Spider-man des années 90. Une version remaniée, engagée, qui défie l’ordre. Sans être pleinement un anti-héros, mène, à son échelle une révolution. S’opposeront à lui différentes versions des ennemis de Spider-man comme le Vautour ou Venom mais aussi des créations originales avec Flipside ou Venture.

En parallèle, le Doctor Doom original se retrouve en 2099. Face à son château détruit et un pays qui l’a oublié, Doom décide de rafraichir la mémoire à ce qui semble être le dernier rempart à la domination mondiale d’Alchemax. Ecrit par John Francis Moore, ce Doctor Doom de notre époque va trouver plus fort que lui, et sera forcé de changer pour renverser l’ordre établi. Le mégalo kitsch se transforme en quelques pages en une jeune personnalité ambitieuse. Sous le masque de fer ne se cache plus un adulte. Soucieux de plaire à un jeune lectorat, le scénario met l’accent sur la jeunesse de Victor Von Fatalis grâce à un nouveau design.

Ravage 2099 et Punisher 2099 sont deux itérations d’un même profil récurrent de la décennie. Celle du Big Gun, un anti-héros lourdement armé et violent. Ravage, créé par Stan Lee, présente la vie d’un riche homme d’affaire. Paul-Philippe Ravage gère l’une des sociétés les plus influentes du monde en association avec Alchemax et les autres puissances mondiales. Paul-Philippe participe à un effort écologique général. Mais lorsqu’il apprend que les pollueurs sont assassinés plutôt que d’être arrêtés, Paul-Philippe tente de réagir. Alchemax prévenue des doutes de Paul-Philippe, envoie un mutant l’assassiner. La tentative échoue. Fort de son entrainement en tant que béret vert, Paul-Philippe s’extrait à temps de son bureau dans une large explosion. Son entreprise réduite à néant, et pourchassé par Alchemax, il se fond dans la misère causée par la gestion des grosses corporations, là où personne n’osera le chercher. Ravage a ce mérite de représenter un milieu souvent silencieux dans les comics, malgré un traitement maladroit et de nombreuses mutations chez le personnage, avec l’arrivée de Pat Mills sur le titre, le scénariste de Punisher 2099.

 

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Le rapport au Punisher est semblable à la création de Spider-man 2099. Jake Gallows n’a rien d’un descendant de Frank Castle mais se transforme en un nouveau porteur du symbole. Lorsqu’un membre éminent d’Alchemax tue sauvagement sa famille et exécute sa femme sous ses yeux, Jake Gallows est possédé par un profond désir de vengeance. Il consulte dans les archives, l’ère des héros, la temporalité que nous connaissons, qui prend le statut d’héritage voir de croyance en 2099. Il lit le journal de guerre du Punisher et se décide à endosser le même fardeau. Cette version du Punisher regroupe les inspirations les plus fortes des tendances de la décennie, et des travaux passés de son scénariste. Si on retrouve le fameux crâne sur le torse, le Punisher porte ici une armure aux couleurs similaires à Marshal Law, et aux épaulières et à la moto évoquant Judge Dredd. L’extrême violence et le plaisir malsain qu’en tire le personnage n’est pas anodin. Ce caractère s’intègre tout aussi bien dans les tropes du scénariste que dans les exigences de cet univers sombre.

Avec cette première vague de titres, l’univers 2099 parvient à utiliser une technologie fantasque, apportant une certaine crédibilité à la présence d’armes lourdes invraisemblables. Plus qu’un armement, c’est également une question esthétique. Doom ne se balade plus avec son ceinturon en cuir et son masque en fer forgé. Il possède une armure revisitée. Spider-man s’écarte du concept de la gentille araignée du quartier. Miguel est un super-héros hors-la-loi qui remet en question cette loi. 2099 est une question d’engagement et une vision pessimiste de l’avenir.

Joey Cavalieri propose un catalogue varié, un éventail de personnages engagés dans une même lutte, par des moyens et motivations différents. Victimes d’injustices variables, ils vont exécuter cette vengeance avec une violence équivalente au préjudice subit. Œil pour œil, dent pour dent. Le scénario va laisser place à des héros forcés d’en devenir dans un monde fondamentalement injuste, en témoigne le jugement de l’assassin de la famille Gallows dans Punisher 2099.

 

Le monde cruel de la rentabilité

 

Comme tout label, 2099 possède ses maillons faibles, comme Ravage ou Hulk 2099. Spider-man et Doom font les meilleures ventes, avant d’être rattrapé par X-men 2099, si bien que Spider-man avait son spin-off : Venom 2099. Son éditeur, Joey Cavalieri, était très apprécié de ses équipes créatives. Il savait quel aspect ou personnages de comics motivait tel scénariste et quel style s’accorderait avec tel personnage ou registre. Néanmoins, avec le temps, il perd un peu le contrôle de son univers. Marvel Comics est alors détenue par Ron Perelman, un entrepreneur peu soucieux de la dimension créative des comics. Il possède néanmoins une longue liste de contacts pour créer des produits dérivés. A peine l’univers a-t-il vu le jour que 2099 faisait déjà l’objet d’un jeu vidéo produit par Mindscape. Destiné à sortir en Décembre 1996, ce jeu ne sera jamais mis en vente pour des raisons indéfinies, mais supposées.

 

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Sous la direction de Ron Perelman, Marvel Comics n’est qu’un pôle parmi d’autres. Mais un pôle auquel il va greffer des objectifs, pour l’obliger à devenir le plus rentable possible. Or, l’industrie des comics n’est pas une industrie comme les autres. Elle doit nourrir ses personnages de récits, pour maintenir le souvenir et attendre, parfois, de susciter à nouveau l’envie du lecteur. Les comics maintiennent cette matière exploitable. Seulement, Jim Lee et Rob Liefield ont tous deux démontrés qu’il était possible de faire exploser les ventes. X-Force #1 et X-men #1 seront les numéros les plus rentables. Cette possibilité révélée, Ron Perelman exigeait un nombre de ventes minimums astronomique : 400 000 copies.

2099 s’inscrit pleinement dans cette démarche de rajeunissement de l’industrie, et du succès des jeunes auteurs. Seulement, ces objectifs de 400 000 copies étaient difficiles à atteindre. Chaque titre ne peut être un best-seller. De plus, les ventes régressent sur le long terme. Peu scrupuleux, Ron Perelman n’hésitait pas à virer sans prévenir des artistes réputés ou à exiger l’arrêt d’une série régulière. Joey Cavalieri en fait les frais en 1996 suite au lancement de Fantastic Four 2099 par Karl Kesel. L’univers 2099 est réduit à une seule série synthétisant les figures majeures d’un label qui a marqué sa décennie. C’est ainsi que l’univers Marvel 2099 disparaît définitivement après 1998. Quatre années suffisantes pour que 2099 marque les esprits et se fasse sa place dans le vaste univers Marvel.