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Chaque mois nous sélectionnons les meilleurs comics publiés en France pour vous aiguiller dans vos achats et vous faire découvrir de nouveaux artistes, des classiques méconnus en France ou encore des nouveautés de qualité.

Cette semaine, nous vous proposons un focus sur le mutant griffu sous la plume de Greg Rucka, de retourner à la fac avec Giant Days, puis au lycée avec Raven.

 

Wolverine : Les Frères

Scénario : Greg Rucka – Dessins : Darick Robertson, Leandro Fernandez

Marvel Deluxe – 256 pages – Contient : Wolverine (2002) #1-11

 

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Après les succès qu’ont été les deux premiers films X-men de Bryan Singer, Wolverine est devenu l’un des personnages les plus appréciés. Et s’il possédait déjà un titre à son nom, Wolverine allait faire l’objet d’un relaunch. Fin de l’ancienne numérotation, il faut du neuf pour le mutant le plus populaire. Et pour ça, il va être mis sur le devant de la scène avec une équipe artistique de choix : Greg Rucka et Darick Robertson.

Greg Rucka atterrit ici après avoir officié sur Elektra et avoir conclu son run sur Batman (New Gotham). Darick Robertson sortait tout juste de son périple culte qu’a été Transmetropolitan. Avec cette équipe, Marvel assurait son emprunte urbaine et trash bien mise en avant à l’époque entre le label Marvel Knights, puis Marvel Max. C’est dans cette lignée que se posent ces histoires de Wolverine, proposées par Panini Comics dans sa collection Marvel Deluxe, en deux volumes.

Wolverine n’a de Wolverine que le nom, et les griffes. A une époque où il ne pouvait pas quitter son costume, Rucka ose le ramener à son statut de créature. C’est Logan qui est mis en avant. Il se définit par son comportement et ses valeurs, comme un anti-héros pleinement assumé, capable de tuer sans remords. En cela, le scénariste évite la dualité déjà vue du mutant entre sa bestialité et l’éthique héroïque des X-men, au profit d’une action révélatrice du caractère du personnage.

Ces deux volumes contiennent trois histoires distinctes, ayant comme point commun le thème de l’injustice et de la morale. Elles posent aussi bien Wolverine que le lecteur face à celles-ci, afin de faire réagir ces deux cibles et faire en sorte que le lecteur approuve le châtiment donné. Des kidnappings et meurtres de femmes esclaves, les conséquences macabres d’une politique migratoire intolérante, ces aventures ne perdent pas l’héroïsme des comics Marvel, mais retirent volontiers le suffixe « super » et revenir à des récits plus terre à terre.

Sans pour autant transpirer de réalisme, ce Wolverine reflète une part du réel. C’est là toute la qualité du titre : engager des thèmes sérieux et pertinents à travers une intrigue simple. A travers ces thèmes, Rucka fait de Logan un citoyen actif, défenseur de valeurs humaines, à son échelle. Wolverine ne changera jamais la face du monde. Il n’a pas cette prétention. Mais il cherche à changer la vie des personnes autour de lui. En renouant avec cet esprit de proximité, plus humaine, Rucka brasse rapidement ces thèmes qui côtoient les limites entre la bête et l’homme qui habitent ce héros mystérieux.

De plus, ces histoires s’intègrent à une forme de quotidien chez Logan. Lors de son run, Rucka intègre divers numéros rappelant ses rendez-vous au bar avec Diablo, jusqu’à clore son run, dans Wolverine : Le retour de l’indigène, sur un retour à ce fameux bar. Car c’est bien là l’essence de Logan, ce sentiment de solitude que la compagnie de Diablo vient rompre. Cet ami de toujours, peut être le seul, capable de supporter le caractère solitaire que Logan lui-même a du mal à réguler. En cela, ce run est une belle réflexion sur la solitude et la destinée de Logan.

En termes d’illustration, le dessin de Darick Robertson dénote complètement avec les couvertures de Esad Ribic. La couverture du premier volume montre un Logan grand, répondant bien plus à l’interprétation de Hugh Jackman qu’au dessin intérieur. Robertson est fidèle aux caractéristiques de Wolverine. Petit, trapu et bourru, son Logan est une bête recroquevillée sur elle-même. Le trait brouillon de Robertson donne à Logan un visage marqué par le temps, où l’immortalité n’est rien d’autre qu’un fardeau. En témoigne, la scène où il doit retirer de son corps les balles reçues à l’aide de ses propres griffes. Voilà l’exemple du talent d’écriture de Rucka. Ces albums peuvent être perçus comme des récits anecdotiques, le simple quotidien de Logan en dehors de sa vie en tant que Wolverine. Mais à l’aide de ces scènes détachées de tout, où le héros se retrouve seul, ces instants silencieux sont pourtant forts de sens et nous invitent à mieux réfléchir ce héros trop souvent réduit à sa fonction d’arme et de personnage violent.

Le second récit est illustré par Leandro Fernandez. Si ce nom ne vous dit rien, il s’agit pourtant d’un artiste argentin proche de Greg Rucka (The Old Guard) et de Peter Milligan (The Discipline, The Names). Son illustration plus simpliste repose sur des aplats de couleurs à l’encrage très prononcé. La représentation de Logan change du tout au tout. Il rejoint bien plus cette vision d’un Hugh Jackman, lui procurant un aspect héroïque plus prononcé, mais joue surtout sur l’idée d’exotisme et des décors d’Amérique du sud. Un choix d’artiste aussi pertinent que talentueux.

Le rendu de Robertson change du tout au tout avec le second Marvel Deluxe. Alors qu’il encrait lui-même lors du premier arc, il assisté pour le troisième par un encreur de talent : Jimmy Palmiotti. S’il est surtout connu pour ses scénarios décomplexés, il est à l’origine l’un des meilleurs encreurs de chez Marvel et apporte un peu de finesse dans le trait de Robertson, révélant un tout nouvel artiste pour un final impressionnant.

 

1ère Année : Hiver

Scénario : John Allison – Dessins : Lisa Traiman

03 Juin 2020 – 256 pages – 22€ – Contient : Giant Days #9-16

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Déjà publié chez Akileos il y a quelques années, l’éditeur a la bonne idée de nous proposer des intégrales de haute qualité. Avec un premier volume sorti en Janvier, il nous offre une parfaite occasion pour nous replonger dans l’un des meilleurs titres indés, détenteur du Eisner Awards du meilleur scénariste en 2016.

Susan, Esther et Daisy ont des caractères très différents. Elles se sont rencontrées il y a peu et ont chacune leurs secrets, mais sont très soudées. Après avoir réglé avec brio les tensions entre Susan et McGraw, cette seconde intégrale va décider de varier les thèmes et se concentrer un peu plus sur Ed et les projets de vacances des trois amies tout en abordant la motivation et la question des examens.

Giant Days est un volume qui parlera à quiconque a/a eu ou a toujours rêvé d’avoir cette amitié. Il parlera tout aussi bien à quiconque a mis les pieds dans une université. Peu importe le souvenir général que vous en gardez, Giant Days garde le meilleur pour illuminer votre lecture. A travers un dessin cartoon relativement commun, Lisa Traiman fait la différence avec des plans accentuant toujours l’émotion tout en restant fidèle à un certain esprit sitcom.

Focalisé sur les péripéties amoureuses, Giant Days n’est pas à réduire à une simple romance adolescente. Il est question de cette transition entre la fin de l’adolescence et le passage à l’âge adulte, en explorant la question de la sexualité, de l’amour et de ses conséquences sur notre personne. L’amitié est un fil rouge qui s’étend plus ou moins longtemps et résout ici les vieilles rancunes, nous rappelle à quel point la vingtaine est le carrefour de la vie et que chacune de nos décisions à cet âge possède de grandes conséquences sur notre avenir. Et en cela, chaque jour est une journée de géant.

 

Teen Titans : Raven

Scénario : Kami Garcia – Dessins : Gabriel Picolo

15 Mai 2020 – 176 pages – 14,50€ – Contient : Teen Titans : Raven (GN)

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Dans un format plus compact et souple, et sous le jeune label DC Ink, Urban Comics propose un petit catalogue très spécifique. DC Ink est un label destiné à un public adolescent, répondant aux codes du Young Adult. On y retrouve des clichés généraux comme un antagoniste, lié à une relation amoureuse et un développement du thème de l’amitié. Le tout empreint d’une légèreté exigée par le genre du Young Adult. Avec ces codes répondant à ce qu’on peut voir comme des clichés réchauffés, ce catalogue possède des titres aux qualités très variables.

Mais Teen Titans : Raven est celui qui sort du lot. Il répond, comme chacun des titres proposés, aux mêmes codes, et à un même concept : la réinvention d’un personnage en adolescent. La première chose est que Raven est un personnage déjà adolescent. La réinvention consiste à la placer dans une situation plus réaliste de lycéenne. En cela, le caractère de Raven s’intègre parfaitement dans le paysage de personnalités variables que peut constituer une classe.

Les thématiques posées par le genre du Young Adult correspondent à celles attendues par un personnage tel que Raven. Jeune et solitaire, la scénariste et romancière Kami Garcia lui octroie une demi-sœur dont la proximité va jouer à la fois avec le thème de l’amitié que celui de la famille reconstituée. Si on se doute bien des tenants et des aboutissants du récit dès la lecture du premier chapitre, cette réinvention a le mérite de proposer une vision intéressante de l’histoire de Raven.

La partie artistique pourrait être originale. Cette représentation en bleu foncé et blanc et un design proche de la bande-dessinée européenne moderne grand public aurait pu faire la différence entre cet album et les canons des comics DC et Marvel. Seulement, cette représentation en noir et blanc, avec une utilisation très rare de la couleur est un parti pris de l’éditeur qu’il impose à chaque album de la gamme Ink. Ainsi, DC ajoute un code graphique à sa gamme Young Adult, déjà très chargée. Avec ces nombreuses restrictions sur les thèmes abordés, l’environnement des personnages et désormais la représentation, comment ces artistes peuvent-ils se démarquer autrement que par l’exploitation de la licence qui leur est attribuée ?

Malgré cela, le dessin de Gabriel Picolo trouve quelques issues. Il se démarque par une mise en page intelligente apportant un léger dynamisme à un album très orienté « tranche de vie ». De plus, l’utilisation des pouvoirs de Raven joue aussi bien sur les couleurs que sur le lettrage, créant une nuance parfaite entre les rôles de dessinateur, encreur, lettreur et scénariste.

Enfin, Raven se démarque parce qu’elle parvient à être attachante. Une caractéristique souvent délaissée dans les comics canoniques, où elle est réduite à un simple être associable et lunatique. Cet album est empreint d’une intimité plus conventionnelle, certes, mais qui explore un caractère fidèle à l’écriture « classique » de Raven. Et en cela, Teen Titans : Raven est un album à considérer.

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