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Le personnage de Green Lantern n’a pas toujours été rattaché à cet univers cosmique et à cette éthique du policier de l’espace. Pas de Gardien, pas de costume noir et vert, mais les prémices de ce qui allait devenir l’un des plus grands ranger de l’espace. Avant Hal Jordan, il y avait Alan Scott, le premier Green Lantern. De fil en aiguille, vous verrez que le Green Lantern actuel repose sur bien des influences.

 

Martin Nodell : D’inspirations variées à inspirations croisées

 

Une fois Superman et Batman apparus, les comics se sont transformés. Le super-héros avait envahi le médium et sont devenus un phénomène culturel populaire. Detective Comics, Inc. (qui allait devenir DC Comics) était associé à National Allied Publications et All-American Comics. C’est chez ce dernier que Green Lantern a vu le jour.

Le concept est sorti de la tête de son dessinateur : Martin Nodell. Sorti d’une école d’art, il débarque à New York pour trouver un travail suite au décès de son père. Il devient dessinateur de comic-books, un boulot qui demandait désormais de dessiner des super-héros. Il trouve l’idée du Green Lantern en voyant un travailleur dans le métro, portant sa lanterne verte dans le noir du tunnel pour signaler que la voie était dégagée. Nodell trouve son idée et explore la mythologie grecque pour ses recherches. Il s’inspire du fameux talon d’Achille. La référence aux mythes grecs n’est pas anodine. Flash porte fièrement le casque d’Hermès et ses ailes, Wonder Woman se fait nouveau symbole du panthéon olympien dans le monde des hommes, et Superman multiplie les exploits qui renvoient aussi bien à Hercules qu’à Atlas.

L’idée de l’anneau lui vient du Cycle de Nibelung de Richard Wagner, ce même opéra qui inspirera à J. R. R. Tolkien Le Seigneur des Anneaux. En s’inspirant de Wagner, Nodell va réutiliser divers éléments que Wagner a lui-même cueillit dans la mythologie nordique. Ainsi, L’Anneau de Nibelung va réutiliser la forme du cercle enflammé et donnera à Nodell l’idée d’un anneau capable de contrôler un feu verdâtre, léguant sa puissance à un héros valeureux, fort d’une volonté inébranlable. La notion de peur s’infiltre déjà, sans doute grâce à Bill Finger, avec l’écriture d’un Alan Scott ou insouciant ou insensible à cette émotion.

La singularité de ce premier Green Lantern repose également dans son costume. Les couleurs qu’il porte ne sont pas dues au hasard. Elles sont le fruit des recherches mythologiques de Nodell. Elles portent des symboles liés à la magie de son anneau, et les valeurs défendues du héros. Le vert est la représentation de la vie défendue, d’où l’idée d’un feu vert bienveillant, le rouge serait lié à la puissance et le violet symboliserait l’équilibre. Le rapport aux personnages mythologiques est incertain. Par mythologie, on peut supposer que Nodell ait orienté ses recherches aussi bien du côté de la mythologie grecque que de la mythologie nordique.

Green Lantern était définit. Restait à trouver le nom civil de son personnage. Nodell a tourné les pages de son annuaire téléphonique avant de s’arrêter sur le nom de Alan Ladd. Les noms courts sont toujours privilégiés. Seulement, ce nom appartenait à un acteur de cinéma célèbre. Ainsi, Alan Ladd se transformait en Alan Scott.

 

Les premiers exploits

 

Ce premier Green Lantern répond aux clichés du super-héros du Golden Age. Il porte un loup cachant ses yeux, représentés par deux formes ovales blanches. Un élément qui était jusqu’alors uniquement attribué à Batman. Il porte une longue cape violette recouvrant un costume très coloré. Il apparaît en 1940 dans All-American Comics #16, évidemment dessiné par Martin Nodell, mais dans une aventure écrite par Bill Finger, le scénariste et co-créateur de Batman. Et la première aventure de Green Lantern repose sur un même principe, de meurtre et de vengeance. Or, contrairement au jeune Bruce Wayne, Alan Scott est un ouvrier qui participe à la construction d’une voie de chemin de fer. Il œuvre sur la construction d’un pont, détruit par Dekker, l’un des associés d’Alan Scott, jaloux de son succès. Le pont explose et Alan Scott en est le seul rescapé.

 

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Il découvre que la lanterne l’a sauvé. Celle-ci est le fruit d’un ouvrage chinois, réalisé à partir d’un métal liquide d’origine extra-terrestre prélevé d’une météorite dans des temps très anciens. Alan Scott en ressent une étrange énergie, et réalise que la lanterne qu’il tient dans sa main a une conséquence et est douée de parole. Elle se présence comme la Flamme Verte et invite Alan Scott à forger de ses mains un anneau à partir de ce métal si particulier. L’anneau à son doigt, celui-ci lui confère un pouvoir dépendant de sa volonté. Ses capacités sont présentées comme un feu généré par l’anneau qu’il peut contrôler à sa guise. Or, dès sa première aventure, il se révèle capable de se rendre intangible. Plus tard, il commencera à développer les capacités qu’on connaît, à savoir désarmer ses adversaires à ce qui ressemble de plus en plus à un rayon lumineux.

Superman possède sa kryptonite. Chaque super-héros a besoin d’une faiblesse. Les créateurs conservent l’idée logique d’un bois nécessaire pour émettre une flamme, d’un combustible, et le renverse. Paradoxal, ce feu vert va avoir pour faiblesse le bois. Si le rapprochement peut prêter à sourire, l’idée n’en est pas moins réfléchie. Ce métal unique, générant un feu vert capable de se modeler et d’être contrôlé par un anneau est une arme dangereuse et rare. Ce feu alien va s’opposer au bois, matériel le plus rudimentaire. Le personnage peut rivaliser avec toute autre force du mal mais possède un talon d’Achille capable de le mettre régulièrement en situation difficile et de le ramener à sa condition de simple humain et d’en faire ressortir ses valeurs de justicier.

C’est de là que Green Lantern va tirer sa singularité. Il mêle diverses inspirations de folklores différents et profite d’une variation de couleurs uniques. S’il est humain, il se présente comme un défenseur de la vie avec de longues tirades sur son rôle de protecteur. Un trait de caractère qui s’accentuera par la suite, tout comme son rapport à Gotham. Du fait de son co-créateur, Bill Finger, Alan Scott se retrouvera régulièrement mêlé à l’univers de Gotham City dans un simple team-up dans Detective Comics #784-786 en 2003, ou dans les scènes flashbacks de Batman : Silence.

 

Le feu bref du Golden Age

 

Dans All-Star Comics #3, Alan Scott rejoint la Justice Society of America, la première équipe de super-héros. Lors de réunions entre super-héros, divers personnages vont raconter, tour à tour une aventure vécue chacun de leur côté. Ce ne sera que bien plus tard que le titre montrera l’équipe agir ensemble. Néanmoins, chose extraordinaire pour l’époque et plus encore à l’heure actuelle, cette équipe regroupée des personnages issus de trois sociétés différentes : Detective Comics Inc., All-American Comics, et National Allied Publications.

 

En 1941, l’éditeur lance une série régulière éponyme. Green Lantern peut alors développer son univers. Mais ces premières aventures s’essayent à des genres bien différents. Green Lantern arrêtera des voleurs ordinaires comme il affrontera un zombie colossal nommé Solomon Grundy. Green Lantern Quarterly devient Green Lantern. Alan Scott rejoint Comics Cavalcade. Il intègre le panthéon érigé par ces maisons d’éditions associées.

Mais Green Lantern va être victime de la sortie de guerre et de la perte de vitesse des super-héros au profit du western. Ce personnage fort d’une diversité d’aventures ne peut s’adapter à ce genre très fermé auquel le super-héros ne peut véritablement s’adapter à moins de s’en être imprégné. Il disparait totalement en 1951, alors que All-Star Comics se transforme en All-Star Western, et ne reviendra que bien plus tard. C’est toute cette problématique du règne du western et de la disparition des super-héros qui met à mal DC Comics, et dont Julius Schwartz trouva la solution avec l’explication d’une Terre parallèle dans The Flash #122.

 

Alan Scott : Green Lantern de Terre-2

 

En créant cette Terre parallèle, Julius Schwartz fait se rencontrer Jay Garrick et Barry Allen, le Flash de l’âge d’or et celui de l’âge d’argent. Ce sont deux mondes qui vont distinguer les héros de la première heure, et leur version moderne. L’éditeur commence avec Flash, mais multiplie ensuite ces rencontres pour chaque héros possédant un double.

En 1963, Alan Scott réapparaît dans Justice League of America #22. Julius Schwartz décide d’user de son concept jusqu’au bout, en associant la Justice Society à la Justice League dans un crossover intitulé Crisis on Earth-2. C’est ainsi que les héros du Golden Age sont réintroduits dans l’univers DC, alors que le super-héros reprenait sa place dans les années 60. Ces rencontres annuelles ne manqueront pas et participeront à faire de Alan Scott l’un des représentants de cette terre avec Jay Garrick.

 

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Alan Scott va être le reflet du Green Lantern qui l’a remplacé, Hal Jordan. Suite à la création d’une terre parallèle, le titre Green Lantern campé par Hal Jordan va donner lieu à des rencontres entre les deux porteurs de l’anneau. Le premier se trouve dans Green Lantern #40. Les premières pages présentent à nouveau ce personnage disparu depuis une dizaine d’années. Green Lantern #40 redéfinit le personnage d’Alan Scott, modifiant ses origines. Ce qui était à l’origine un météore devient de l’énergie pure.

Nodell avait créé un personnage se référant à diverses cultures, essentiellement mythologiques. Mais créateur de Hal Jordan, John Broome, modifie Alan Scott pour qu’il se rapproche de la redéfinition des Green Lantern comme police spatiale. L’anneau d’Alan Scott serait Starheart, un anneau très puissant que les Gardiens auraient façonnés avant la création des Green Lantern. C’est également dans ce numéro qu’apparaît pour la première fois les Oans et l’antagoniste Krona, un scientifique aux desseins maléfiques que les Gardiens ont condamné à errer dans l’espace sous forme d’énergie. Les Oans évoluent et sont devenus les Gardiens actuels, ayant oublié Krona. Ce dernier s’est servi d’Alan Scott comme source d’énergie et se libérer et se venger des Gardiens. En collaborant, les deux Green Lantern parviennent à arrêter Krona. Alan Scott refera diverses apparitions auprès de Hal Jordan, dans Green Lantern #45, 52, 61. Alors que Hal Jordan fait équipe avec Green Arrow, Alan Scott aura droit à un back-up dans le #88.

S’il est réintégré à l’univers DC, il reste très discret. Roy Thomas, dans All-Star Squadron, puis Infinity Inc, développera le personnage et sa descendance. Passionné des comics de l’âge d’or et de la Justice Society, l’ancien bras droit de Stan Lee intègre DC Comics dans le seul but de réanimer cette équipe pour le moins abandonnée. Infinity Inc s’intéresse à l’avenir, aux générations futures de super-héros. Evidemment, de ce parallèle, Alan Scott fera plusieurs apparitions notamment concernant les tie-in à l’événement Crisis on Infinite Earths en 1985 où tous les personnages sont mobilisés.

Seulement, après l’événement, les deux terres sont supposées vivre au sein d’un seul et même univers. Cette simplification se solde par le numéro spécial The Last Days of the Justice Society, publié en 1986, amenant Roy Thomas à sacrifier son équipe dans une lutte associant divinités nordiques, seconde guerre mondiale où les objectifs de l’éditeur sont bien clairs : tuer les personnages datés. Fermement opposé à l’idée de les tuer, le scénariste livre une note d’espoir, où Infinity Inc et les enfants d’Alan Scott reprendraient le flambeau, alors que les membres de la Justice Society seraient simplement disparus.

 

Sentinel : le renouveau de Alan Scott

 

Alan Scott disparait à nouveau. Il ne réapparait que 6 ans plus tard, en 1993, dans Armageddon : Inferno #3.  Face à un ennemi commun, l’univers DC se mobilise. Abraxis est cependant trop puissant. Le Spectre va ramener la Justice Society pour permettre à la Justice League de sauver l’univers. Cet événement n’était alors qu’une excuse, affirmant l’erreur qu’était de laisser de côté les héros de l’âge d’or avec ce fameux numéro spécial.

Plutôt que de les enfermer ou de les tuer, l’éditeur décide de les faire évoluer. Dans un titre annexe, Green Lantern Corps Quarterly, Alan Scott se réveille rajeunit, dans un nouveau costume. Sans plus de précision, il apprend que Harlequin l’a rajeuni. Mais il ne s’agit là que d’une première évolution. Par la suite, il fusionne avec Starheart et absorbe la puissance de son anneau. Sans anneau, il se rebaptise Sentinel. Il décidera par la suite de porter l’anneau en guise de symbole.

 

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La Justice Society se forme à nouveau sous la plume de Geoff Johns. Alan Scott y est un des membres éminents. Avec son rôle au sein de la Justice Society, Alan Scott a développé cette lecture du père, du mentor. Un élément propre aux héros de l’âge d’or sur lequel repose beaucoup la JSA de Geoff Johns, apportant de nouveaux personnages, dont Stargirl, ayant besoin d’être encadrés. Le rôle de père est d’autant plus important que la JSA compte parmi ses membres Jade, la fille d’Alan Scott.

En 2003, dans JSA #50, alors que son fils Obsidian décide de mettre à mal sa famille et tente de faire culpabiliser son père d’avoir créé un monstre, Alan Scott perd son anneau et son fils extirpe toute force du corps de son père. Jay Garrick récupère l’anneau pour sauver son ami. Une fois l’anneau en main, Alan Scott décide de reprendre le nom de Green Lantern. Johns ramène subtilement le personnage à ses fondations.

 

Les New 52 : une modernisation extrême

 

En 2011, l’univers DC est chamboulé par l’événement Flashpoint qui amène à un reboot de l’univers DC. Les New 52 ont pour objectif de rajeunir ses héros, d’en livrer une version plus moderne. Les héros de l’âge d’or sont réadaptés pour plaire à un nouveau public. DC lance alors le comics Earth-2. On y trouve un jeune Jay Garrick, et un jeune Alan Scott, dont les origines vont être bouleversées au même titre que l’univers.

Alan Scott s’apprête à demander son petit ami en mariage dans le train. Mais le train explose. Lui seul en réchappe. L’avatar du Vert a senti la charge émotionnelle que portait Alan envers l’anneau qu’il portait et a décidé d’y sceller son pouvoir. Alan Scott devient alors Green Lantern et affronte l’avatar du Gris représentant la mort. Alan Scott se fait donc, par opposition, représentant de la vie. Contrairement à la version d’origine, Alan Scott tire ses pouvoirs du sol et de la planète où il se trouve. Un élément qui sera exploité dans l’événement Convergence.

Enfin, la dernière mention d’Alan Scott date de la maxi-série Doomsday Clock, où le Dr. Manhattan mentionne l’importance du personnage sur l’univers DC. Il dit avoir réussi à effacer toute existence de la Justice Society simplement en déplaçant la lanterne que tenait Alan Scott le jour de l’accident sur la voie de chemin de fer. Preuve en est que peu importe les modifications, les scénaristes reviennent toujours à la version originale.

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