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Il y eut une époque où c’était la grande classe d’avoir une serviette de plage Musclor. Où Mattel avait imbibé le cerveau des petites têtes blondes avec des collections entières de jouets en plastique qui faisaient piquer des crises aux gamins (et à leurs parents) dans les rayons des grands magasins. Les Maîtres de l’Univers n’étaient pas une simple franchise dont Mattel a littéralement épuisé les réserves. C’était une sorte de mitraillette à héros bodybuildé avec laquelle les marketeux de chez Mattel tiraient sur l’intégralité des magasins : des cahiers de texte à la vaisselle en passant par les vélos et la moutarde.

Les moins de 25 ans n’ont pas la chance d’avoir dans leur boîte à jouets pour gamin un de ces bouts de plastoc qui pourtant à l’époque (et encore maintenant, on va pas se mentir) nous faisaient briller les yeux. D’ailleurs, on reste tous de grands gamins, parce qu’encore aujourd’hui on trouve sur eBay de vieux jouets Musclor se vendant à 20, 50 ou 100€ la figurine. Et encore, c’est bon marché. Parce que la figurine encore emballée de Musclor sur son tigre de combat est vendue 4500$ sur certains sites.

Musclor, avec sa plastique insoutenable et son carré court façon Sharon Stone, n’a plus grand chose à voir avec un sex-symbole. Il en reste cependant un symbole incontournable de la pop-culture. Et c’est des Maîtres de l’Univers dont on vous parle aujourd’hui, avec un oeil un peu critique mais surtout beaucoup de nostalgie.

 

Une histoire de jouets

 

En 1981, la société américaine spécialisée dans les jouets Mattel a déversé sur les magasins occidentaux des milliers, que dis-je, des millions de figurines en plastique criardes (et badass). Les grandes licences hyper lucratives type Star Wars ou Retour vers le Futur émergeaient à ce moment là, et comme l’heroic fantasy était à la mode, Mattel décida de marcher sur le succès de Conan le Barbare pour recréer un univers moins violent et moins adulte. Un nouveau barbare est né : He-Man, aka Musclor en France. Et avec lui des tas de personnages gentils et méchants, des accessoires, bref tout un univers à faire fructifier.

A coup d’études de marché sur des enfants intimidés, et d’actions marketing judicieuses (des comics de qualité glissés dans les blisters, un packaging réussi et des publicités régulières, bien ciblées et convaincantes), la gamme reçoit dès le départ un accueil hyper favorable. Mais la firme ne s’arrête pas là : profitant de l’abrogation de la loi américaine  interdisant la création d’une série basée sur une gamme de jouet, Mattel commande un dessin animé pour mettre en valeur ses petits bonhommes en plastique et alimenter la hype qu’ils tentaient de créer autour. Et c’est Filmation qui s’y est collé et qui a produit en 1983 la série mondialement connue. Avec elle, le monde des Maîtres de l’Univers devient de plus en plus complet : des tonnes de nouveaux décors, de nouvelles aventures, de nouvelles histoires sur lesquels la société va surfer pour ramasser un sacré paquet de pognon. Dépassant Barbie, les ventes de MOTU explosent sur la planète entière.

Voulant viser un public de plus en plus large, Mattel lance une gamme “petites filles” centrée sur l’histoire de She-Ra, la soeur de Musclor. Une nouvelle série toujours produite par Filmation est créée, faisant suite aux premiers épisodes de Master of the Universe et incluant les nouveaux personnages de la gamme “filles”. Beaucoup ont considéré She-Ra comme une bénédiction pour les petites filles des années 80-90 : enfin une héroïne puissante et indépendante à laquelle s’identifier, loin des poussettes et des barbies que la télévision essayait de vendre aux futurs mamans.

Mais laissons les réflexions terre à terre des adultes que nous sommes devenus pour nous rappeler la magie de ce prince à la force fabuleuse, levant son glaive et récitant cette réplique qui a marqué toute une génération.

“Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissante !”

 

Je détiens le nanar tout puissant !

 

Pour tous les gamins pré-machouillés sans vergogne par Mattel, le film Masters of the Universe de Gary Goddard en 1987 était l’évènement à ne pas manquer. Hélas si ce film est resté dans les mémoirs, ce n’est ni pour son scénario passionnant, ni pour ses dialogues cultissimes (quoi que), et encore moins pour son jeu d’acteur convaincu et convaincant. Masters of the Universe c’est plutôt le blockbuster cheap fait par le studio de production Cannon (déjà bien connu des amateurs de nanar).

Gary Goddard, à grand renfort de kitsch des années 80, a réussi à perdre les adultes dans ce ton manichéen un peu trop puéril, et les enfants dans un scénario trop sombre et compliqué. Que reste-t-il, alors ? Et bien la folle passion des années 80 pour le “too-much” et la coupe mulet.

Et si l’on sent très bien l’influence du succès de la première trilogie de Star Wars et de Superman (à croire qu’ils n’ont changé que le titre du film tant le générique de début est une copie parfaite de celui de Clark Kent), les costumes à base de stormtroopers en collection automne-hiver passent moyen. En compagnie de ses camarades le Maître d’armes et Teela, Musclor fuit la planète Eternia récemment conquise par Skeletor et ses sbires. Grâce à un artefact au nom houleux créé par un ingénieur un peu illuminé, et parce que l’espace ça coûte cher dans un film, les joyeux compagnons traversent une sorte de portail cosmique et se retrouvent en Amérique. Poursuivis par les soldats de l’Empire (de Skeletor bien sûr), Musclor va devoir défaire tous ces gros méchants en direct d’un bled américain et en compagnie de toute sa nouvelle bande de potes, à savoir des teenagers lambda.

En partie parce que les acteurs les plus charismatiques sont ceux sous les gros masques en plastique et que le personnage le plus attachant est un flic américain, le film piétine tout ce que la série avait de magique et s’en trouve réduit à un nanar navrant, sur-promotionné et au budget astronomique qui donne mal au crâne (ancestral). “Les Maîtres de l’Univers” se voit au deuxième degré et plus, et fait pleurer le public et de rire et de frustration. Parce qu’en plus d’avoir sabordé la carrière d’acteur de Dolph Lundgren (l’interprète de Musclor), il a mis en lumière toutes les petites lacunes de la mythologie de MOTU et a rappelé que peut-être Mattel aurait dû en rester là. On attendait du space-opéra, on a eu du space-oh purée.

 

Netflix joue le jeu

 

En 2019, Netflix annonce la création d’une nouvelle série d’animation originale. Il s’agit de Masters of the Universe: Revelations, tirée de l’univers de MOTU premier du nom et produite par le studio Powerhouse Animation (le même studio que Castlevania). C’est Kevin Smith qui s’en charge (Silent Bob pour les intimes), en partenariat avec le producteur Robert David (Teenage Mutant Ninja Turtles).

Masters of the Universe: Revelations est annoncé comme un sequel de la série d’anthologie. Les fans vont être ravis ! 35 ans après, MOTU aura finalement une fin digne de ce nom. Pour l’instant pas de date de sortie annoncée, si ce n’est “courant 2020”. Et pour ceux qui mettent la charrue avant les boeufs, pas de seconde saison en route : Masters of the Universe: Revelation est une mini-série et l’on attend entre dix et treize épisodes. Mais pas plus d’information : la plateforme de streaming fait cette fois-ci bien des mystères…

 

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Concernant le scénario, toute la clique des héros revient sur Eternia botter les fesses de Skeletor. On retrouve donc pour ce sequel tant attendu Teela, Musclor, Orko, le Maître d’armes et le tigre de combat contre les classiques Skeletor, le Monstre et Démonia.

Du côté du casting, on reconnaît facilement les voix prêtées par les acteurs somme toute assez connus. Chris Wood pour Musclor, Sarah Michelle Gellar (Buffy de Buffy contre les vampires, mais ça vous le saviez déjà) pour Teela. On retrouve aussi avec plaisir quelques acteurs de Game of Thrones comme Liam Cunningham (Davos) prêtant sa voix au Maître d’Armes, ou encore Lena Headey (Cersei Lannister) en Démonia. La série se targue également d’avoir un Mark Hamill en Skeletor ! Que de beau monde.

Petite douche froide pour les fans de la première heure : la série se met au goût du jour, et abandonne ses dessins emblématiques pour le style d’animation japonaise que Powerhouse Animation maîtrise si bien.

On avait un peu peur que Musclor fasse une crise de la quarantaine violente en revenant sur le devant de la scène. Mais avec un Kevin Smith aux commandes et un casting en or, on est ne vous cache pas qu’on est rassuré. En attendant des nouvelles de Netflix, on révise nos classiques.

 

Les maîtres de l’univers de demain

 

Depuis des années Sony nous promet le retour de Musclor sur grand écran, et quelques 120 millions de dollars de budget pour nous en mettre plein la vue et offrir au héros un retour en force. Mais force est de constater que 6 ans plus tard, le film n’est toujours pas là. Le projet est passé de main en main, comme une chaise musicale où tous les réalisateurs et scénaristes se font des croches pattes pour pouvoir s’asseoir, et les derniers debout devront s’y coller. Un David Goyer en tant que scénariste, puis Alex Litvak and Mike Finch, qui ont passé la main à Jeff Wadlow en 2014, suivi de Christopher Yost qui reprend tout à zéro. Même parcours du combattant pour les réalisateurs. Et c’est seulement le début de la longue liste de tout le staff passé sur le projet. De même pour l’acteur principal Kellan Lutz (The Legend of Hercules), qui a finalement laissé la place à Noah Centineo, acteur de “To All The Boys I’ve Loved Before”.

 

 

Avec l’annonce des live actions de Barbie et Hot Wheels, on n’y croyait plus. Et pourtant, Sony annonce la sortie du film MOTU pour le 5 Mars 2021. Hélas, adieu le grand écran : le film sortira directement sur Netflix… et ce n’est peut-être pas plus mal, étant donné que la plateforme accueillera le sequel de Kevin Smith dont on vous parlait. Mais avec l’annonce de l’adaptation de Uncharted par Sony prévue pour Mars 2021 également, on commence à se poser des questions. Sans mentir, à quand le retour de Musclor ?

Pour ce qui est du scénario, le film se situerait avant les aventures de la série originale : on retrouverait les débuts de nos héros préférés sur la planète Eternia. La Terre y serait également mentionnée comme faisant partie intégrante de la mythologie MOTU, avec la révélation qu’Eternia aurait été colonisée par des astronautes par le passé. Encore une fois, aucune certitude, seulement quelques références de réalisateurs et scénaristes (qui ont tendance à s’enchaîner) sur leurs réseaux sociaux.

Visuellement ? Lorsque David Goyer faisait partie du projet, il s’amusait à teaser son futur public avec quelques publications et images bien senties. La plus connue et celle qui a fait le plus de bruit est une photo de lui-même en train de pointer du doigt ce qui ressemblerait à un concept art du film à venir. De même, ses derniers posts donnaient quelques informations concernant le potentiel esthétique du film et les technologies utilisées. Hélas, beaucoup ont été supprimées. Mais subsiste une représentation d’une armure hyper high tech et badass intitulée “Teela Battle Suit”. L’image donne une idée globale de l’esthétique du film, et avec un aspect sci-fi aussi prononcé, on attend avec impatience de voir comment le directeur artistique a géré l’anachronisme constant de l’univers, à savoir l’aspect futuro-féodal qui donnait son caractère singulier à la licence.

Malgré les réticences que peuvent apporter la gestion de projet chaotique du futur film, les images donnent l’impression que l’univers de Master of the Universe a été traité avec toute la considération qu’il mérite. Sans céder à l’euphorie ni au désespoir, on attend tranquillement que la machine s’accélère et qu’enfin le film sorte. Avec deux possibilités à la clé : soit un film qui fait honneur à celui de 1987 c’est à dire un nanar ridiculement décevant. Soit une oeuvre qui rende enfin justice à cet univers qui nous a conquis, et qui nous permette de nous laisser bercer par une douce nostalgie des années 80.

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