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Sortie en décembre 2017 sur Netflix, Dark est la première production originale allemande sur la plateforme. Parce que la saison trois sort très prochainement et que la série vaut largement le détour, on vous explique en 10 raisons pourquoi celle-ci a tous les ingrédients pour vous faire frissonner.

 

Le récap

 

Laissons de côté les calembours sur la “Deutsche Qualität” pour voir dans Dark toutes ces particularités propres à la culture germanique.On parle ici de plusieurs siècles d’hommes de philosophie et de science, de théories qui ont façonné le monde. Friedrich Nietzsche comme Albert Einstein apposent leur sceau sur Dark, et ce dès le premier épisode avec cette phrase tirée d’une citation du physicien : « La distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une illusion tenace ».

Alors nous sommes prévenus : Dark est une histoire de temps. Si l’espace est figé, les années vont et viennent et l’on se retrouve très rapidement ballotés entre 2019 et 1986. Entre les deux époques, les liens deviennent de plus en plus évidents et profonds, et si au début ces mots peuvent sonner creux, effectivement, “tout recommence exactement comme par le passé”.

Et c’est entre ces fils ténus des différentes époques que l’intrigue de la série s’installe : une enquête policière sur des disparitions d’enfants, qui donne un petit goût d’Heavy Rain par l’ambiance malsaine et pluvieuse et la sensation qu’on ne nous dit pas tout. Mais en aucun cas banal, car très rapidement les paradoxes temporels et les disparitions s’entrecroisent si bien qu’on avance à taton et qu’à chaque découverte de nouvelles questions se posent.

Comme une sorte de huis clos en plein air, la série Dark se situe dans la petite ville de Winden, perdue comme dans le film Le Village au milieu d’une forêt sinistre. Et pour donner du relief, ajoutons derrière les arbres une centrale nucléaire crachant une fumée à la fois menaçante et mystique. On comprend rapidement que ces grandes cheminées effrayantes sont un élément fort du scénario : le traumatisme de Tchernobyl se fait sentir, et l’intrigue se situe quelques semaines seulement après l’accident qui a bouleversé l’Europe.

Quelque chose est pourri à Winden, comme en témoignent les oiseaux morts éparpillés sur le sol, les cadavres de moutons ou encore la forêt comme morte à certains endroits. Les secrets et les non-dits ne facilitent pas les choses dans cette petite ville isolée et pluvieuse, et tous les sentiers sombres ont l’air de mener à cette grotte qui semble avaler les gens et tous leurs secrets.

 

1) Tout est une histoire d’ambiance

 

Apparemment, nous n’avons pas été les seuls déconcertés par l’ambiance glauque de la série. Chose étrange : les créateurs ont l’air aussi interdits que nous ! Aussi, Jantje Friese déclarait : “On pensait avoir livré une histoire universelle sur la famille, les secrets, les passions et les regrets jusqu’à ce que les journalistes étrangers pointent du doigt une forme d’angoisse existentielle très germanique.”. Les créateurs nous ont envoyé un “Secrets et mensonges” version Allemagne torturée, et ça nous a donné de la SF fantastique et un thriller sur des enfants disparus. Et ce n’est pas pour nous déplaire.

Les créateurs de Dark ont un rapport intime à la série, puisqu’elle s’appuie sur une multitude de petits détails tirés de la vie des deux auteurs. Ainsi, Winden, petite ville allemande pluvieuse, est un condensé de toutes ces villes où Baran bo Odar a vécu tout au long de sa vie. Le thème de l’énergie atomique est un clin d’oeil à son père qui a travaillé toute sa vie en tant que chimiste dans ce domaine.

Tchernobyl a également été un traumatisme plus prononcé en Allemagne qu’en France. Les créateurs se confiaient : “Nous étions enfants et nous avons réalisé pour la première fois que l’apocalypse était possible. Nos parents nous disaient de ne surtout pas jouer dehors et d’éviter la pluie.”.

Une autre inspiration a été les contes des frères Jacob et Wilhelm Grimm du XIXème siècle. Blanche-Neige, Le Petit Chaperon rouge ou encore Hansel et Gretel : tous se déroulent dans les vastes forêts allemandes. Comme lieu de tournage de cette histoire inquiétante, une ancienne zone d’essais militaires de la République démocratique allemande près de Berlin, la Fahrtechnikakademie Kallinchen.

 

2) C’est beau, tout simplement

 

Pour les amateurs de belles images, Dark a ce qu’il faut pour éblouir par son obscurité. Si l’ambiance est malsaine et glauque, c’est notamment grâce à la photographie terriblement anxiogène de la série. On est très rapidement conquis par son esthétisme à la David Lynch, et le réalisateur travaille avec minutie la construction des plans, en s’appuyant sur divers procédés comme les effets de miroirs.

On retrouve également un peu du travail du photographe new-yorkais Gregory Crewdson, qui a la fâcheuse tendance à rendre de jolies maisons et jardins en quelque chose d’incroyablement dérangeant. Des images polaires, des couleurs froides, un aspect constamment mouillé et des décors particulièrement soignés donnent toute son allure à la série. Lui attribuant la qualification basique mais pas banale d’être tout simplement belle.

 

3) Une bande-son qui sonne bien

 

La musique vient parfaire cette ambiance inquiétante. Déjà, le générique du groupe allemand Apparat donne le ton. Le subtil mélange entre une BO signée Ben Frost et des morceaux pop donne à la série un charme particulier. Parfois, quelques petits pics de folie dans la bande son semblent relâcher la tension installée par les bruits inquiétants des violons.

En bref, une musique inspirée qui donne beaucoup à l’ambiance de Dark. Que ce soit dans les bruitages qui confèrent ce quelque chose de sinistre aux scènes, ou dans quelques morceaux bien choisis qui apportent une touche nostalgique et quelque peu dramatique.

 

 

4) Une SF biscornue mais convaincante

 

Si parfois les justifications ont laissé les spectateurs un peu sur la défensive, il n’empêche que Dark exploite le voyage dans le temps d’une façon plutôt réaliste. Les explications scientifiques tiennent la route, et l’on n’a pas l’impression de se faire prendre pour des imbécils. Les trous de vers se mêlent aux concepts philosophiques, à l’antéchrist et à l’ésotérisme, tout ça ponctué par la peur d’une énergie nucléaire que personne ne peut finalement contrôler. À l’image du temps.

Et pourtant ça tient la route. On se laisse submerger par les concepts savants et les débats des philosophes comme des physiciens. Avec en climax le concept de la causalité inversée qui donne toute sa profondeur à la série : le Passé qui influence le Futur, oui, mais l’inverse ? Là est toute la question.

 

5) Ça fait réfléchir, et on aime ça

 

Si vous avez l’habitude des séries américaines devant lesquelles déconnecter votre cerveau, les doigts encore tous gras de votre pizza 4 fromages, difficile d’apprécier Dark à sa juste valeur. Ici, comme au lycée, on prend des notes avec des stylos 4 couleurs pour se souvenir des noms, des histoires, des liens entre les personnages et entre les époques. Ça peut paraître barbant, que nenni, on adore résoudre les énigmes. Et comme pour un bon Night Shyamalan, on se rend compte à la fin de tous ces détails du début qui nous avaient échappés.

Dark fait partie de la famille du creusage de tête satisfaisant, bien loin de la frustration des énigmes sans solution. La série est exigeante envers ses spectateurs, mais sait largement récompenser les plus courageux et persévérants.

 

6) Ici aussi on adore les années 80

 

“Ayant grandi, nous aussi, dans les années 80, cette décennie est notre madeleine de Proust. Qui ne rêve pas de revisiter son enfance ?” déclarent les créateurs de la série. Et bien c’est le cas pour nous aussi, et pour beaucoup d’autres shows. On pense à ces playlists endiablées des Bee Gees et ces leggins fluos. Mais également à Stranger Things, corne d’abondance des passionnés des 80s.

La série américaine offre un melting pot de toutes les références des années 80 et gratifie le spectateur à coup de fan service et de clins d’oeil espiègles : elle sent bon l’enfance, les aventures à vélo, et les posters de nos films préférés de Steven Spielberg accrochés sur la porte de notre chambre.

Mais Dark va prendre le contrepieds de cette délicieuse nostalgie. On s’éloigne du fantasme des années 80, on ne retient pas seulement la pop-culture électrique mais également l’ambiance pas toujours joyeuse d’une Allemagne divisée, des petites villes reculées, et d’une guerre pas si vieille qui a traumatisé le pays. L’ambiance fluo laisse place à une vision sociologique crédible et beaucoup plus adulte. Sans pour autant nous frustrer totalement : on vous rassure, les références sont toujours là.

 

7) Un casting 100% allemand

 

Aux manettes de Dark : Baran bo Odar et Jantje Friese, couple au travail comme à la maison. Le duo a déjà écrit et réalisé Il était une Fois un Meurtre, puis Who Am I, qui ont eu du mal à dépasser les frontières allemandes (et c’est fort dommage). Mais Baran bo Odar rejoint le cinéma hollywoodien avec Sleepless, un remake du long-métrage français Nuit Blanche de Frédéric Jardin, sorti en 2011.

Les acteurs, tous allemands, interprètent avec justesse leur personnage, et l’on vous conseille vivement de regarder Dark en VO. Faites-nous confiance, les voix allemandes retranscrivent merveilleusement bien l’ambiance de la série et donnent toute leur profondeur aux acteurs.

 

8) Netflix à l’européenne

 

Depuis seulement 2 ans, la plateforme de streaming semble passer à la vitesse supérieure concernant les productions européennes. On glisse ainsi de 80 projets en 2018 à 153 projets originaux européens en 2019, avec une ambition croissante. Alors que Netflix avait en premier lieu visé son marché local, c’est à dire américain, la stratégie d’internationalisation semble redonner un coup de boost aux contenus (qui manquaient peut-être de ce quelque chose que l’on ne retrouve seulement que sur le vieux continent).

L’Europe semble se rebeller contre cette injustice, et demande à voir ses productions conquérir un public international. Et nous pouvons à présent découvrir les séries de nos voisins, avec des productions qui sentent bon les influences étrangères hors-Amérique. Avec la série allemande Dark, on retrouve également en haut de la liste la série française Marseille, ou encore La Casa de Papel, énorme succès espagnol qui est venu casser l’hégémonie d’une Amérique sur-représentée sur la plateforme.

 

9) Tout le monde est d’accord

 

On est d’accord, il vaut mieux se forger sa propre opinion avant de juger de la qualité d’une série. Mais on va pas se mentir, difficile de rester de marbre devant un tel succès. Dark a suscité l’enthousiasme de la critique et des foules, avec des notes particulièrement élevées sur les différents sites de notation : 8.7/10 (180 000 reviews)  sur IMDb, 94% sur Rotten Tomatoes, et chez les français 4.4/5 sur Allociné.

On aime être original et sortir des sentiers battus, mais une telle renommée pour une série allemande sortie d’on ne sait où, ça donne envie de lui donner sa chance. Et se lancer dans l’aventure Dark pour deux saisons, histoire d’enchaîner sur la troisième très bientôt..

 

10) C’est unique en son genre

 

La série Dark a été soumise à beaucoup de comparaisons pas toujours justifiées. Comme un besoin incessant de rapprocher la série allemande des grandes sagas américaines, on ne cesse de faire des parallèles.

Alors, oui, Stranger Things se déroule dans les années 80, et les personnages principaux sont des jeunes enfants et ados attachants, au jeu crédible. Mais cette comparaison assez grossière ne fait pas tout, et elle s’arrête là tant l’ambiance et la thématique sont différentes. Non, Dark n’est pas une pâle copie de la série américaine à succès, et selon ses créateurs ne s’en est même pas inspirée. On voulait vous prévenir, au cas où vous aviez dans l’idée une série européenne pas si originale.

Cependant, Dark se rapproche beaucoup du Twin Peaks de David Lynch. La série allemande s’inspire de ses mécanismes, et les ressemblances entre les deux villes sont frappantes : énigmatiques, perdues en pleine forêt, isolées, hors du monde. Dans ces deux villes évoluent des personnages tourmentés qui cachent de lourds secrets. De vieilles histoires de famille sont exhumées, et c’est dans cette ambiance glauque que la caméra insiste sur ces slices of life torturés.

Enfin, peut-on croiser un peu de Lost dans Dark ? Et bien forcément, la thématique du voyage dans le temps fait penser à la cultissime série de J.J. Abrams. La volonté de changer le cours des évènements en influant sur la temporalité renvoie bien évidemment à la série américaine.

En creusant un peu la thématique du voyage temporel et des caractères des personnages, les cinéphiles et sériephiles retrouveront surement d’autres références, voulues ou non. Mais Dark, pour toutes les raisons citées plus haut, est un phénomène unique en son genre, et vaut largement le détour. De notre côté, on regarde de nouveau les premiers épisodes en attendant la troisième et dernière saison qui sortira cet été 2020 sur Netflix.

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